Dimanche 19 février 2012
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France 2 diffuse, dimanche 19 février 2012 à 22 heures 15, le magazine de société présenté par Frédérique Lantieri "Faites entrer l'accusé".
C’est désormais Frédérique Lantieri qui reçoit, raconte les étapes de l’enquête et interroge les invités en plateau. Pour la journaliste, longtemps chroniqueuse judiciaire (notamment au Quotidien
de Paris et à L’Événement du jeudi), ce n’est pas tout à fait une première puisqu’elle était intervenue comme témoin dans l’émission de Faites entrer l’accusé consacrée à l’affaire dite de la
josacine empoisonnée.
Cette fois, elle investit les lieux et prend ses quartiers dans le célèbre loft. Il faudra s’habituer à la voir, à l’issue de chaque émission, refermer la porte (mais sans blouson de cuir) et
lancer le générique de fin (remix de la bande originale du Messager de Joseph Losey par Michel Legrand).
"Le passage de relais s’est fait sans rupture, de manière fluide. Je n’ai cherché ni à imiter ni à me démarquer, j’ai essayé d’être naturelle. Ensuite, évidemment, ma façon d’écrire et de
raconter est assez proche de celle de Christophe Hondelatte. C’est un style journalistique qui privilégie les phrases courtes et le présent de narration." En se confrontant à toutes les
affaires criminelles qui constitueront cette nouvelle saison de Faites entrer l’accusé (une vingtaine d’émissions inédites), la journaliste a retrouvé ce qui faisait le quotidien de la
chroniqueuse judiciaire : "Au-delà de l’intérêt que l’on peut ressentir pour la résolution d’une énigme criminelle et pour le fonctionnement de la justice, on est chaque fois face aux
ressorts humains les plus profonds. Parfois même, il me semble qu’on est dans la tragédie grecque. »
Hugues Pignal, meurtre à la Saint-Sylvestre
Un document d’Anne Gautier
31 décembre 1996. Il a neigé toute la nuit, sur Brison-Saint-Innocent, un petit village savoyard, près d’Aix-les-Bains. A 8 heures, comme chaque matin, le jardinier de Madame Pignal se présente à
la porte de la grande villa qui surplombe le lac du Bourget. Mais ce jour-là, la maison est ouverte… Il entre. Et trouve sa patronne, couchée sur le sol de la cuisine, un couteau planté dans la
poitrine. La vieille dame est encore vivante. Elle a peur. Elle a froid. Dans l’ambulance qui la conduit aux urgences, elle explique, dans un dernier souffle : "Ils étaient deux !" Sans nommer
ses agresseurs. Dans le box des accusés aussi, ils seront deux. Deux hommes, dont le propre fils de madame Pignal. A l’annonce du meurtre, c’est la stupeur à Brison-Saint-Innocent. La famille
Pignal y était très estimée. A 76 ans, Anne-Marie menait encore de main de maître ses affaires. Veuve, elle était à la tête d’une fortune acquise par son mari, PDG d’une grande entreprise. Une
richesse qui pourrait expliquer le meurtre. Mais le cambriolage est une hypothèse vite écartée par les enquêteurs. Leurs soupçons se concentrent rapidement sur Hugues, le fils adoptif
d’Anne-Marie. Un flambeur ! Propriétaire d’un club de squash, il mène une vie dispendieuse, tout en accumulant des dettes, que sa mère doit éponger. Elle réprouve son mode de vie et le lui fait
savoir. Lui a besoin continuellement d’argent, mais c’est elle qui tient les cordons de l’héritage. Trois mois après la mort de sa mère, Hugues Pignal a d’ailleurs déjà dépensé deux millions de
francs ! Voilà un mobile ! Le problème, pour les gendarmes, c’est que le fils a un alibi.
Un an et demi après les faits, l’enquête patine. Mais en mai 1997, elle rebondit par hasard, grâce à un témoignage inattendu ! Mis en cause dans une affaire de stupéfiants, Philippe Couvert,
l’ancien propriétaire du club de squash que Hugues Pignal a racheté, raconte qu’il a surpris une conversation entre ce dernier et un certain Patrick Balland, portier de boîte de nuit. Il se
trouvait dans un bar d’Aix-les-Bains, quand il a entendu Balland faire des reproches à Pignal : "Tu as vu ce que tu m’as fait faire et dans quelle galère tu m’as mis !". Patrick Couvert en est
sûr : il était bien question du meurtre d’Anne-Marie Pignal. Les gendarmes mettent aussitôt sur écoute les suspects et remontent à un troisième homme : un certain Jean-Claude Hardy. En garde à
vue, il craque. Le matin du 31 décembre 1996, Balland est venu le chercher pour déménager quelques meubles. Dans la voiture, il y avait un autre homme. Arrivés devant une grande villa, ils l’ont
laissé entrer et l’ont entendu se disputer avec une vieille dame. Ne le voyant pas revenir, Balland et Hardy ont alors pénétré dans la maison… pour découvrir madame Pignal allongée par terre,
poignardée avec un couteau de cuisine. L’homme leur a expliqué qu’il s’agissait d’un accident. Depuis, il achète leur silence. Les gendarmes pensent aussitôt à Hugues Pignal. Ils l’entendent,
ainsi que Balland. Les deux hommes nient farouchement. Mais leurs communications téléphoniques et leurs emplois du temps ce matin-là pourraient bien coïncider avec les aveux de Jean-Claude Hardy.
Les trois hommes sont donc renvoyés devant la cour d’assises. Ils attendent leur procès, quand, en juillet 2000, un nouvel événement vient bouleverser l’affaire. Un plaisancier tombe à l’eau, au
cours d’une promenade en bateau sur le lac du Bourget ! Et ce plaisancier, c’est Patrick Balland ! L’homme qui pouvait faire pencher la balance en faveur de Hardy et de l’accusation ou au
contraire de Pignal, lequel crie toujours son innocence ! Les recherches restent vaines. On ne retrouve pas son corps. Alors, à Brison- Saint-Innocent, on s’interroge... Balland est-il mort
accidentellement ? L’a-t-on fait disparaître ? Ou bien a-t-il organisé sa fuite ?
Quand le procès s’ouvre, en juillet 2002, ils ne sont que deux devant les assises de Chambéry : Hugues Pignal et Jean-Claude Hardy. Le fils d’Anne-Marie est confiant, certain de quitter le
tribunal libre. Mais les jurés le reconnaissent coupable d’assassinat et le condamnent à 20 ans de prison. Jean-Claude Hardy, lui, écope d’un an. La défense d’Hugues Pignal fait immédiatement
appel. Mais en novembre 2003, le verdict est le même : 20 ans pour un homme qui se dit toujours innocent de la mort de sa mère. Une femme qui a vu son assassin mais ne l’a pas dénoncé.
Intervenants
Christophe Raffin, substitut du procureur, TGI de Chambéry
Me Jean-Félix Luciani, avocat de Hugues Pignal
Me Yanina Castelli, avocate de la soeur d’Anne-Marie Pignal
L’adjudant chef Laurent Paulin, caserne de pompiers de Pontcharra
L’adjudant chef Eric Guicherd-Callin, brigade de recherche de Chambéry
Le capitaine Manuel Noguera, brigade de recherche de Chambéry
Le major Eric Caremelle, brigade de recherche de Chambéry
Jean-Marc Canova, journaliste à L’Essor savoyard
L’adjudant chef Michel Renoud-Grappin, gendarmerie de Vaugneray
Me Pierre Perez, avocat de Patrick Balland
Me Daniel Cataldi, avocat de Hugues Pignal
Me Frédéric Verron, avocat de Jean-Claude Hardy
Jacqueline Dufournet, avocate générale
Mireille Chabannes, expert psychologue
Benoît Gadrey, journaliste à France 3 Lyon
Pascale Robert-Diard, journaliste au Mond
Dominique Rizet, journaliste