© David Koskas
Bonjour Gad.
Bonjour.
On est à quelques jours de la sortie du film. Comment vous sentez-vous ? Il y a de la pression, de l’excitation, de la joie ?
Il y a tout ça en même temps, la pression, l’excitation, la joie. Il y a surtout la fierté d’avoir fait et fini ce film, ce premier film. C’est mon bébé, le film que je voulais faire. Il y a
un peu d’appréhension, de trac. Le trac s’est un peu dissipé au fil des jours parce qu’on a été montré ce film un peu partout en France. Je pense qu’un acteur comique et un metteur en scène de
comédie veut entendre des rires. Quand j’ai entendu ces rires, ça m’a fait du bien. Il y a quand même un peu d’appréhension.
Si on remonte au tout début du projet, pour ceux qui n’auraient pas vu les spectacles, est-ce qu’on peut rappeler qui est Coco ?
C’est un grand mégalo, sefarade, un juif du Maroc, qui a eu une grande réussite en inventant un concept. Il a constaté qu’entre l’eau plate et l’eau pétillante il n’y avait rien. Donc il a inventé
l’eau frétillante. Et il les a éclatés, comme il dit. Il est parti avec une réussite fulgurante dans le milieu des affaires. C’est quelqu’un qui est complètement dans la démesure, mégalomane mais
qui a un grand coeur et des valeurs de famille très importantes. Ce que j’essaie de monter avec ce film et ce personnage c’est que la démesure fait rire. Cette démesure, c’est parce qu’il en a les
moyens et qu’il veut le montrer. Il a le côté négatif des nouveaux riches. Je n’aime pas le mot nouveau riche mais il y a un côté négatif chez les nouveaux riches. Mais j’aime bien les nouveaux
riches parce que ce sont des anciens pauvres. En même temps il a des valeurs de famille. Le film raconte que tu peux avoir tout les millions que tu veux, tu ne peux pas tout acheter. C’est un
dicton basique « L’argent ne fait pas le bonheur », mais j’y crois encore plus depuis que j’ai rencontré ce personnage.
En parlant de rencontre, il existe vraiment Coco ?
Bien sûr, il existe vraiment. Les gens me demandent parfois si c’est une caricature. Mais si vous voyiez le vrai Coco ! Un jour j’étais au resto avec toute une bande d’amis et il a invité tout le
resto. Pourquoi ? Ce n’est plus de la générosité ou du pouvoir mais de la folie ! Il veut qu’on le voie, le vrai coco, et le faux Coco aussi. Ce sont des hommes qui souffrent du manque de lumière
sur eux, et du manque de reconnaissance tout simplement.
Ce qui veut dire que pour faire le Coco du film, vous en avez moins mis que dans la vraie vie ?
Oui, complètement. Dans la vraie vie, le vrai Coco fait des choses beaucoup plus dingues que le Coco du film. Dans le film, Coco fait des choses folles, dingues, mais moins délirantes. Le vrai nous
a fait des plans pas possibles. Je voulais montrer cette démesure là. C’est important.
C’est votre premier film en tant que réalisateur. Il y a des moyens à la Coco avec les vues d’hélico, le yacht, les bagnoles… C’était une volonté, que ça soit beau ?
J’ai eu de la chance d’avoir un budget important pour mon premier film. Ce n’est pas le cas pour tous les films, premiers ou pas. Donc je m’estime plutôt chanceux. C’est dur de monter des films.
Quand on a un budget conséquent, c’est génial, ça donne de la liberté, ça donne du temps. C’est ce qui coute le plus cher, le nombre de journées qu’on passe à faire des plans. Il y a les décors,
les costumes, les cachets des acteurs, mais il y a aussi le temps qu’on prend. Quand on fait un premier film, il faut du temps, parce qu’on sait moins qu’un réalisateur qui a fait des choses. C’est
un grand confort. En même temps il fallait de l’argent parce que ce film est un film sur le « montrage » des choses, les apparences, le clinquant, la frime, le matériel. C’est une réflexion sur
l’argent et sur la manière dont l’argent peut te faire péter un plomb. Dans le film, il faut qu’on filme ces choses pour pouvoir après faire le pendant et la réflexion que ces valeurs là ne sont
pas les plus importantes. Mais il fallait le voir ! Tu parlais du yatch. La même scène avec une barque ne marche pas ! C’est toujours plus sympa d’entendre « vous vous êtes battu, vous n’aviez pas
eu d’argent… ». Non, on a eu de l’argent. C’est une chance. On en a profité.
En parlant d’argent et de notoriété, quand votre vie a changé, est-ce que vous avez eu un côté Coco ? Est-ce que vous avez basculé à un moment ?
Pas vraiment, ce n’est pas ce que je suis profondément. A certains moments, je me suis retrouvé dans des situations où j’aurais pu faire mon Coco. Très sincèrement, je pense que ma famille m’a aidé
à ne pas me cocoïser. Ou me cocotiser, ou me cocoïfier, je ne sais pas comment on dit. Je crois que ce n’est pas propre au show-biz de péter les plombs. C’est dans la vie en général. On pose cette
question aux artistes parce qu’ils sont dans la lumière. Mais on peut poser cette question à plein de gens. Est-ce que le succès, l’argent, le fait d’avoir gagné un truc, d’avoir une promotion à
son boulot, ne te fais pas péter les plombs, frimer auprès de tes collègues ? Je pense que la seule chose qui te retient ce sont tes valeurs, ta famille, ces gens qui te regardent avec ce regard «
Tu ne peux pas nous la faire à nous ». Ma famille et mes amis d’enfance, les vrais, c’est ça : « Tu ne peux pas me la faire ».
Un mot de ceux qui sont autour de vous dans le film. On a rencontré Manu Payet qui nous a confirmé que le tournage a été épouvantable, très difficile, avec beaucoup
de pression… Vous nous confirmez ça ?
Le tournage a été un moment de joie, de rires, mais pas que ça. Il y avait beaucoup de travail parce que fabriquer de la comédie, c’est sérieux. J’ai pu l’apprendre sur les tournages sur lesquels
j’étais, avec Francis Weber ou Pierre Salvadori, quand je les voyais travailler. C’est très sérieux. Mais c’était gai, joyeux, c’était une fête. J’ai écrit ce rôle pour Manu Payet, pour Pascale
Arbillot. C’était un tournage joyeux, avec l’équipe aussi, les techniciens. J’ai travaillé avec eux sur plein de films en tant qu’acteur. J’aimais leur travail. Humainement et professionnellement,
je voyais que ça collait. J’ai constitué ma dream team de techniciens et d’acteurs. Donc il y avait de la joie mais beaucoup de boulot. Il y a beaucoup de rigueur sur le côté technique et
artistique.
Il y a plein d’expressions dans le film, je voudrais qu’on s’arrête sur l’une d’entre elle : « Arrête de faire ton Jean-Jacques ». Je voudrais une explication de texte ?
« Arrête de faire ton Jean-Jacques ». Déjà, je dois dire que je n’ai rien contre les Jean- Jacques, ce n’est pas personnel. Mais je crois que la jean-jacquisation est un mouvement qui va prendre
son essor à partir du 18 mars. Ça fait partie des trucs que j’invente sur scène. Ou dans « La vérité », j’ai dit « c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres », on ne sait pas vraiment à quoi
correspondent les mots mais ça décrit très bien une situation. Dans Chouchou, je suis dans une merde internationale et c’est l’association de deux choses un peu surprenantes. Un Jean-Jacques est un
mec qui fait bien les choses, qui ne prend pas trop de risques. Il pourrait s’appeler Bruno, Amed, Jean-Louis, Isaac, Igor. Un Jean-Jacques est un mec qui est dans la jeanjacquisation. C’est
surtout ça. Je pense que c’est plus clair de le dire comme ça. C’est quelqu’un qui jean-jacquise. Des fois, des copains se marient et ils se jean-jacquisent, tu ne les vois plus trop. Ils sont
Jean-Jacques… Ils veulent être tranquilles. Pardon à tous les Jean-Jacques ! On me dit c’est Jean-Jacques Goldman. Non ça n’a rien à voir.
Jean Jacques Debout non plus ?
Ni Jean-Jacques Debout, ni Jean Jacques Murstin. C’est un copain qui habite à Strasbourg.
Au delà de ce film, est-ce qu’il y a des choses concrètes de prévues, la scène, un film en tant que comédien ? On dira un petit mot du Spielberg
après.
L’important juste après ça, c’est la scène. C’est ce qui occupe 80% de mon temps. En mai/juin, je suis en tournée partout en France, à l’automne aussi. Et en février-mars 2010 je reprends le Palais
des Sports à Paris. C’est une vision revisitée de mon dernier spectacle « Papa est en haut », avec tout ce que je vis en ce moment que je vais inclure. Toutes ces histoires, ces expériences folles
que je vis ici ou aux Etats- Unis. Je vais rajouter ça à mon spectacle.
Justement les Etats-Unis, qu’est ce que vous avez le droit de dire sur le tournage de Steven Spielberg ?
Il y a des gars qui surveillent ! Non, j’ai le droit de tout dire, de dire ce que j’ai envie de dire. Mais je ne sais pas quelle est votre question.
Comment ça s’est passé ? Qu’est ce que ça raconte ? Comment c’était ?
C’est l’adaptation d’un des albums de Tintin, « Le secret de la licorne », que met en scène Steven Spielberg. J’ai eu l’énorme chance, bonheur et folie d’aller tourner une semaine avec lui dans les
studios à Hollywood, Los Angeles. C’est une expérience assez unique, pas que pour un acteur ou un apprenti metteur en scène mais pour l’homme. C’est une excursion dans un univers qui n’est pas que
le cinéma ; c’est Steven Spielberg. Tu te retrouves avec lui, à être diriger par lui. Au delà du prestige, il y a ce qu’il est, ce qu’il a fait, construit, son univers, l’artiste, tout ça en lui te
parle. Quand tu l’as devant toi c’est tout ça qui parle. C’est une expérience très forte.
En un mot, votre rôle, qu’est ce que c’est ?
Regardez plutôt la bande annonce.
Merci Gad, au revoir.
Merci à vous. A bientôt.
Interview réalisée par : S.B