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Publié par Aanil

ARTE diffuse, lundi 15 septembre 2014 à 23 heures 45, le documentaire réalisé par Ossama Mohammed et Wiam Simav Bedirxan "Eau argentée, Syrie autoportrait".

À partir des vidéos amateurs et de sa rencontre avec une jeune Syrienne sur Internet, le cinéaste syrien en exil Ossama Mohammed compose une ode terrible et magnifique à son peuple en lutte.

Depuis le 9 mai 2011, le cinéaste syrien Ossama Mohammed (Étoiles de jour, Sacrifices) est exilé en France pour avoir critiqué le régime de Bachar el-Assad. À travers les vidéos postées sur les réseaux sociaux par les cinéastes amateurs, il suit pas à pas l'évolution de la révolution syrienne : des milliers d'heures qu'il ne cesse de voir et revoir, avec la culpabilité d'avoir quitté son pays au moment même où les Syriens s'emparent des images comme d’armes. Décidé à retracer leur histoire et la sienne, il compose peu à peu un film à partir de cette mosaïque d'images et de sons : les premières manifestations et les premiers martyrs, la naissance d'un bébé avec les moyens du bord, les chants traditionnels, un adolescent torturé, les appels désespérés des insurgés à l'armée, le témoignage de soldats déserteurs… Jusqu' à ce Noël 2011, où un message parvient sur son ordinateur : celui d'une jeune Syrienne d'origine kurde appelée Simav ("eau argentée" en kurde) qui lui demande : "Qu'est-ce que tu filmerais si tu étais à ma place ?" Commence alors un échange extraordinaire : celui d'un exilé avec une révolutionnaire, celui d'un maître avec une élève…

L'espoir de l'art

Au commencement, il y a des mélodies – à peine des murmures –, des images filmées avec des portables, quasi informes avec leurs pixels qui débordent. Comme si tout était éclaté, indistinct, insensé. Processus progressif pour témoigner en direct de la tragédie de son pays, pour éprouver une part d'humanité derrière des vidéos médiatisées jusqu'à la confusion, pour au final retrouver de la valeur et de l'unité, le documentaire d'Ossama Mommahed est à la fois terrible et beau : terrible, en ce qu'il renvoie à la violence dans toute son absurdité ; beau en ce qu'il porte encore l'espoir d'un avenir meilleur, d'une liberté possible. Un espoir incarné par Simav, combattante poète et humaniste, avec qui le cinéaste noue un dialogue à travers des images, des textes et du son. Ainsi confronté à lui-même et à sa propre pratique, à la question du rôle du cinéma, le réalisateur restitue l'histoire d'une révolution confisquée, d'un pays que seule, semble-t-il, la beauté peut sauver de l'horreur. À l'image de cet enfant filmé par Simav, courant fleur et petit fusil en plastique à la main, pour éviter les balles d'un sniper, et s'émerveillant devant les coquelicots qui protègent la tombe de son père.

Eau argentée, Syrie autoportrait

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