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Publié par Aanil

Dans le cadre de son magazine "Reportages", TF1 diffuse, dimanche 16 novembre 2014 à 13 heures 30, le document "Rondes de nuit".

 

Rondes de nuit
Un reportage d'Elodie Pakosz, Cyril Avoudjan et David Georgeon. Montage : Marielle Krouk (Eléphant Adventures)

Alexandre, sapeur-pompier, William, vétérinaire de nuit, Elisabeth, infirmière au Samu, Benoist, boulanger, Emmanuel, animateur radio ou encore Nicolas, artiste de cabaret... Tous vivent dans un univers décalé, mystérieux. Un monde qui angoisse parfois, et fascine souvent : celui des travailleurs de la nuit. Pendant plusieurs semaines, nous avons posé nos caméras à Lille et suivi leur vie nocturne, et, pour les comprendre, nous avons vécu à l'envers...

20 heures. Comme chaque soir, Benoist, 39 ans, enfile sa blouse amidonnée de boulanger. Ses enfants sont en pyjama. Sa femme, assistante sociale, rentre du travail. Benoist ne dîne pas avec eux. Il doit partir travailler. " C'est le perpétuel décalage, c'est difficile de s'organiser avec les enfants, mais on s'habitue ", souffle Caroline. Benoist est conscient des sacrifices qu'il demande à sa famille. Mais les horaires de bureau, il n'a jamais aimé ça : " J'adore la nuit. L'ambiance est particulière, les gens sont moins stressés. J'ai toujours été un petit oiseau de nuit ". La boulangerie de Benoist est la seule du Nord-Pas-de-Calais ouverte sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Benoist travaille avec sa soeur et ses trois frères. Jusqu'à 7 heures du matin, il s'affaire autour de ses deux fours à bois à l'ancienne, quasi centenaires. A toute heure, en rentrant de discothèque, ou lorsqu'ils sont eux aussi des travailleurs de la nuit, les Lillois savent qu'ils trouveront porte ouverte pour un sandwich ou une viennoiserie. Et parfois, le boulanger se fait même un peu psychologue : " La nuit, les gens se confient plus facilement... On discute... Ensuite, lorsqu'on les revoit en journée, on se fait un petit clin d'oeil. On a partagé la nuit un moment de complicité qui n'aurait pas pu exister le jour ".

Le rugissement strident de la sirène, les perches de feu dégringolées à toute allure, le rythme des pulsations cardiaques qui s'accélère en quelques secondes... Tous ces rituels scandent le quotidien nocturne d'Alexandre. Ce sapeur-pompier professionnel est de garde trois jours et trois nuits par semaine. Il enchaine 24 H de travail et 48 H de repos. La nuit, les pompiers lillois sont de moins en moins souvent appelés sur des incendies, car les habitations en milieu urbain sont moins vétustes qu'autrefois. Les systèmes de chauffage, plus sûrs. En revanche, ils jouent de plus en plus souvent le rôle de travailleurs sociaux et doivent porter secours chaque nuit à des dizaines de jeunes qui s'alcoolisent massivement. Le pompier et ses confrères soignent par exemple une jeune fille qui vient de faire un malaise vagal. Elle ne sait plus ce qu'elle a mangé et bu et s'est entaillé la lèvre en heurtant le sol après s'être évanouie dans une boîte de nuit : " Nous répétons ce genre d'interventions une dizaine de fois chaque nuit, mais il ne faut pas les banaliser, car on risquerait de passer à côté d'une personne qui présenterait une urgence neurologique qui pourrait aller jusqu'au coma ", explique Alexandre. Les bagarres entre sans-abris sont aussi le lot nocturne des sapeurs-pompiers. Le soir, leur caserne fonctionne comme une petite famille : les nuits de garde soudent les amitiés. L'atmosphère est plus calme, plus feutrée, la hiérarchie est absente. Les pompiers se font eux même la cuisine. Ils regardent la télévision, jouent au poker. Ils ont aussi une chambre pour se reposer mais les pauses sous la couette restent furtives : la sonnerie d'alerte se déclenche en moyenne toutes les quarante minutes et les pompiers ont alors moins de trois minutes pour sauter dans leur fourgon et retrouver leurs réflexes. Lorsqu'Alexandre rentre chez lui, au petit matin, ses enfants sont en train de prendre leur petit déjeuner. " Mon papa, il est tout le temps fatigué et la nuit, je pense à lui " murmure Sacha, neuf ans. Son épouse, infirmière, met déjà son manteau : " On se croise. Aujourd'hui on s'est vu dix minutes mais parfois, c'est moins d'une minute ". Le rythme nocturne d'Alexandre est épuisant mais il lui permet d'être plus libre en journée pour accompagner ses deux enfants à l'école et déjeuner avec eux. " Je fais aussi de la musique, du piano. Et chaque jour, je vais au cinéma. Travailler la nuit permet d'avoir en journée davantage de temps pour les loisirs ", explique le sapeur pompier, plutôt content de son sort.

Elisabeth, infirmière de nuit au SAMU du Nord, profite elle aussi chaque jour de ses quatre enfants : " Quand j'étais élève infirmière, je n'aimais pas travailler la nuit car ensuite, je dormais toute la journée. Mais aujourd'hui, je parviens à récupérer en dormant seulement de neuf à onze heures du matin ". Le jour, Elisabeth donne bénévolement des cours de secourisme dans les écoles. Ses nuits sont à chaque fois différentes. L'infirmière aime cet imprévu, l'adrénaline du travail en nocturne. Mais il faut être psychologiquement prêt à se confronter à des étapes cruciales de la vie : des naissances, mais également des décès. En compagnie d'Elisabeth, nous assistons à un accouchement à domicile imprévu, nous guettons la décision d'un jeune homme dépressif qui est grimpé sur son toit et menace de se suicider à cause d'une rupture sentimentale (les suicides sont plus fréquents la nuit que le jour, lorsque l'obscurité accentue la solitude et le désespoir). Nous tentons aussi de porter secours à quatre jeunes copains de vingt ans qui se sont retrouvés dans une usine désaffectée pour discuter et ont été pris au piège dans un dramatique incendie.

Notre reportage emboite aussi le pas à Emmanuel, journaliste radio, qui branche toujours deux réveils pour être sûr de ne pas être en retard au travail, à deux heures du matin. Emmanuel est persuadé que les nuits de pleine lune modifient profondément le comportement de ses compatriotes... Nous suivons également le périple de William, vétérinaire de nuit, qui a choisi de ne pas exercer comme l'ensemble de ses confrères : " La journée, en clinique, on n'a pas le temps de parler avec les gens. Sur les routes, la nuit, je me sens plus libre ". William parcourt près de quarante mille kilomètres par an et ses interventions sont variées, à chaque fois dans l'intimité du domicile de ses concitoyens : yorkshire qui a chuté d'un balcon, femelle chihuahua qui ne parvient pas à accoucher, ou encore derniers soupirs de Santos, un dogue de douze ans : " Beaucoup de gens n'ont pour toute relation que leur animal. Lorsqu'il disparait la nuit, je dois être là pour les aider et répondre à leur détresse ", explique ce jeune responsable de SOS vétérinaires.

Enfin, Nicolas, meneur de revue, le reconnaît sans ambages : " Il y a deux personnes en moi. Le Nicolas du jour, et... Le temps d'enfiler un costume, le Nico de la nuit. J'évolue dans un univers où les relations vont plus vite, sont plus sincères. C'est aussi un univers où on fait rêver les gens ". Pondéré le jour, passionné de lecture et de spiritualité, Nicolas devient chaque nuit le chef d'une troupe déjantée et extravertie qui refait revivre en patois chti, dans une guinguette typique du Nord, la magie des nuits populaires du siècle dernier à grands renforts de numéros de cirques, sketchs burlesques, flonflons et paillettes.

Reportages - Rondes de nuit

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