0/ Anne Fontaine, Bonjour.
Bonjour.
1/ Anne Fontaine, vous réalisez ce film "La fille de Monaco". On va parler du sujet dans un instant. Auparavant, j’aimerais savoir ce que Monaco, cette petite
principauté de la Méditerranée, évoque pour vous, spontanément ?
2/ Justement, que lui arrive-t-il à Fabrice Lucchini ? Que se passe-t-il auprès de cet avocat ?
C’est un avocat brillant, en pleine possession de ses moyens. C’est un homme assez cérébral, intellectuel, qui va connaitre à Monaco deux personnages qui vont bouleverser son existence. Le premier
personnage est un garde du corps, incarné par Roschdy Zem, qui est chargé de sa sécurité. Il va jouer un rôle déterminant dans son destin mais pas de manière professionnelle, classique. Le second
personnage est une fille monégasque, Audrey, jouée par Louise Bourgoin, qui va le déprogrammer totalement psychiquement. Il va connaître avec elle quelque chose qu’il n’a probablement jamais connu,
une sorte d’extase sexuelle. Au fond, c’est un homme fragile donc ensuite, évidemment, cela va provoquer beaucoup beaucoup de problèmes.
3/ Ce personnage, cet avocat, a de sérieux problèmes avec sa libido. On a l’impression qu’il ne va jamais jusqu’au bout.
4/ Est-ce que vous pensez que beaucoup d’hommes de la génération de Fabrice Lucchini vont se reconnaître dans ce personnage ?
5/ Est-ce que ce personnage a été écrit sur mesure pour Fabrice Lucchini ?
Totalement. Je pense que sans lui je n’aurais pas eu l’idée de ce type de personnage, qui traverse ce type de rapport avec une femme, où en même temps il y a de la drôlerie et des problèmes. Pour
moi Fabrice a quelque chose de "lucchinien". Il y a un rapport entre lui et Woody Allen, ce sont des hommes qui parlent beaucoup, pour ne pas vivre les choses de manière trop directe et trop
charnelle. Oui, complètement, je pense même qu’il y a un portrait de lui, non pas que l’histoire lui arrive vraiment. Mais je pense qu’on sent qu’il y a quelque chose de lui, profondément. Dans
cette vulnérabilité qu’il a, et dans ce mélange très profond de brio et de vulnérabilité, qu’il cache souvent par les mots.
6/ Face à lui, il y a une jeune actrice, une véritable révélation, la bombe sexuelle du film, Louise Bourgoin, la miss météo de Canal +. Il paraît que c’est Fabrice
Lucchini qui vous a conseillé d’aller la voir.
7/ Est-ce que les scènes d’intimité, les scènes d’amour entre Fabrice Lucchini et Louise Bourgoin ont été difficiles à tourner ?
Ce n’est pas évident. Je l’ai plutôt tourné avec une forme d’humour. Je n’ai pas essayé de faire des scènes extrêmement sexuelles. J’ai essayé que ça soit drôle mais en même temps suggestif. Par
exemple, à un moment donné, le personnage commence à se déshabiller, elle fait des choses assez suggestives, elle enlève son bas. Je parle donc de Louise. Elle s’avance vers lui et lui dit, « c’est
trop rapide, c’est beaucoup trop rapide ». Il est tout à coup angoissé à l’idée qu’elle vienne vers lui d’une manière si simple. Il y a toujours l’idée d’une cocasserie à l’intérieur des scènes
dites "sexuelles", car c’est plus amusant que de filmer le sexe littéral.
8/ Il y a un autre personnage important dans le film, un autre acteur qui est vraiment formidable, c’est Roschdy Zem. Vous lui avez offert un rôle de garde du corps ?
Oui, c’est un garde du corps, un garde du corps monégasque. Au départ il n’y a pas de problème, il fait les choses qu’on lui dit, il sécurise le périmètre… Il est à cette fameuse distance de six
mètres. Et plus l’histoire avance, plus ce garde du corps prend une place totalement inhabituelle dans la vie du client. Cet avocat va finalement lui demandé de l’aider dans une situation avec une
femme, qui est Jeanne Balibar, dont il n’arrive pas à se sortir. On sent que c’est une femme assez névrosée et un peu ardente, qui fait un peu peur à Lucchini. Il va donc proposer au garde corps de
le faire sortir de ce problème. Le rôle inhabituel qu’il va vivre dans la vie de l’avocat commence là. Il va la prendre en charge d’une façon assez particulière. Ça va à la fois fasciner Lucchini
et le mettre dans un état d’ahurissement, qui va comprendre que cet homme peut facilement passer d’un état à coucher avec une femme. Il va donc finalement commencer à finir le travail inabouti de
séduction de Lucchini à l’égard des femmes. Et ça va le mener très loin. Par ailleurs, ce garde du corps a déjà couché avec cette fille qu’incarne Louise Bourgoin. Donc évidemment ça va
complexifier tous les rapports entre ces trois personnages.
9/ Est-ce que le film que vous avez fait ressemble à celui que vous aviez imaginé ?
Assez oui. Je le pense assez car on me dit que j’ai écrit pour ces acteurs là. Je pense qu’un film c’est aussi comme un document sur les êtres que vous filmez. Entre Fabrice Lucchini pour qui j’ai
écrit le rôle, elle, que j’ai découvert, et qui m’a semblé l’incarnation parfaite de ce personnage, et Roschdy Zem, que je connaissais depuis longtemps, qui avait fait des essais pour mon premier
film. Ce qui est assez étrange, c’est qu’il y avait quelque chose de familial, des êtres qui étaient exactement la quintessence des personnages que j’avais écrit. Ce n’est pas toujours le cas,
souvent vous dîtes, « Tiens tel acteur pourrait interpréter un rôle… ». Tandis que là, ils n’interprétaient pas, ils étaient. Et donc ça, cela fait toute la différence.
10/ Merci.
Merci
Interview réalisée par Thierry Colby
Dimanche 17 août 2008
7
17
/08
/Août
/2008
00:29
-
Publié dans : Cinéma
-
Par Bono
0