0/ Fabrice Lucchini, Bonjour.
Bonjour
1/ Fabrice Lucchini, vous êtes à l’affiche de "La fille de Monaco", le nouveau film d’Anne Fontaine. Avant de parler du sujet du film, j’aimerais savoir ce que
Monaco évoque pour vous.
2/ Vingt ans après ce premier contact avec Monaco, vous y êtes retourné pour tourner ce film, "La fille de Monaco", dans lequel vous interprétez un brillant avocat.
Qu’est-ce qui vous a intéressé dans ce personnage ?
3/ Qu’est ce qui vous faisez peur ?
J’avais peur que ça soit un allumeur qui ne baise pas les femmes. Je n’avais pas trop envie de jouer ces trucs là. Autant je pense qu’on peut se déplacer au théâtre en jouant dans la même journée
Beckett ou Feydeau. Autant au cinéma je ne crois pas qu’on puisse jouer tout. Je ne suis pas du tout de l’école Actor Studio, transformation et tout ça. Si je peux même être plus sincère, c’est le
metteur en scène qui est le patron absolu au cinéma. Toi tu n’as pas d’opinion à avoir. Tu es le patron au théâtre car tu es le responsable de l’auteur. Tu as tellement fréquenté l’auteur que tu es
le patron de l’auteur, tu es l’avocat de l’auteur. Que ce soit Céline, La Fontaine, Paul Valérie, ou Roland Bartes ou même tes propres textes. Tu es le patron, c’est toi qui fait les gros plans,
c’est toi qui fait les plans larges. C’est toi le patron. Au cinéma, tu es un élément, tu es féminin. La caméra va voler des choses que tu ne sais pas. Ce n’est pas ton savoir faire. Evidemment tu
dois connaitre ton métier. Ton métier, c’est de laisser la place aux autres acteurs, c’est de les écouter, de les aimer, d’adorer être sur un plateau. Mais de là à savoir, comme je tourne assez
peu, je fais a peu près un film par an. Klapisch ça a un an, le Johnny ça a un an, Molière... Je fais peu de films. Je ne fais que du théâtre en général. Je fais un film par an en général. Maximum.
J’adore tourner parce que j’adore jouer au théâtre. C’est un bonheur de jouer avec d’autres acteurs. Mais de vous dire ce qui me plaît dans ce personnage, la personnalité, la psychologie…C’est
rasoir d’ailleurs quand les acteurs répondent ça car c’est toujours des histoires qui ressemblent à ça : "j’ai beaucoup aimé la traversée de cette femme qui éprouve une souffrance… J’ai beaucoup
aimé ce rôle de cet homme tiraillé…" On en n’a rien à foutre. Ce n’est pas ça qui fait ni un rôle ni un film. Un film c’est un reportage sur des êtres, le patron c’est le metteur en scène. Toi tu
décides avec la maturité « je vais être employé par Madame Fontaine, je vais être employé par Klapisch… ». Tu es un employé ! Il a raison Lanvin quand il disait « Où est le patron ». On est des
employés assez féminins, on s’offre au film. Parce que le film c’est elle qui va le faire, c’est elle qui va le monter. Tu peux tout faire, tu peux offrir ton vague savoir faire. Elle t’a choisi
donc elle t’a mis en scène.
4/ Alors, est-ce qu’on pourrait juste présenter…
On peut presque dire, si on exagère un peu que le métier au cinéma c’est la maîtrise de ne savoir rien faire. Tout en ne faisant pas "pas". Parce que l’acteur qui ne fait pas, c’est aussi un
ringard. Mais l’acteur qui fait est un ringard. Comment ne pas être ringard en jouant au cinéma ? Très compliqué. Ça passe certainement par une somnolence.
5/ Pour celles et ceux qui vous regardent…
Tu sais une somnolence, c’est le contraire qu’au théâtre, où tu es en pur éveil, en pure maîtrise de ton instrument. Au cinéma, tu dois abandonner tout ça. Tu dois accepter que quelqu’un te prenne
comme un matériau global. Tu es un matériau dans une globalité. Et c’est une merveille d’être un matériau dans la globalité où il y a Louise Bourgoin, qui est à tomber de chez tomber. C’est une
bombe, c’est comme ça. C’est injuste mais c’est comme ça. C’est une bombe. Elle est belle comme dirait Stendhal,c’est une promesse de bonheur. Elle illuminait le plateau. Ce ne sont pas des lieux
communs d’acteur qui disent « Que ce que c’était bien le plateau ». Quand elle est là c’est gracieux.
6/ Tourner une scène d’amour avec Louise Bourgoin c’est…
Pas terrible parce qu’elle est chiante. Elle a un énorme problème avec le sexe. Elle est pudique elle casse les couilles, énorme. Le sexe, elle met des heures, pour enlever le string il a fallu
parler quatre heures. Mais enfin la scène est drôle. La scène est assez sexy. Le string rouge avec la robe rouge. C’est assez bon. C’est le teaser du film. On la voit, clac elle enlève son string,
elle arrive vers lui et lui dit cette phrase que j’adore « c’est un peu rapide ». Elle, elle revient et dit « Qu’est ce qu’on attend », C’est rapide, c’est très très rapide ». C’est un bonheur de
jouer ça.
7/ Quand l’avocat pose au garde du corps cette question qui nous interpelle tous « Pourquoi on couche ? », quelle réponse vous pourriez lui apporter
?
8/ Le film vous a procuré une petite secousse ? Vous l’avez aimé ?
Non, c’était plus que de la secousse. C’était d’admirer Louise, une bombe atomique, et d’avoir fait une amitié avec Roschdy. C’est important dans ma vie d’avoir rencontré Roschdy.
9/ Pourquoi ?
Parce que j’ai confronté mon être au sien. Et c’est merveilleux de savoir qu’on est capable de relationner. Qu’est ce qui fait que tu es un peu moins névrosé ? C’est l’espace que tu donnes à
l’aptitude, à la relation nouvelle. Quand tu es très névrosé, tu es enfermé en toi et tu prends l’autre uniquement pour toi. Tu ne t’intéresses pas à lui. Ça c’est être très névrosé. En un mot,
trente ans d’analyse. Ça fait que tu ne vas pas bien du tout. Tu vas toujours aussi mal. Par contre, l’autre a plus d’espace face à toi. Donc naturellement c’est encore plus agréable de faire ce
métier. L’essence du métier c’est de donner de plus en plus d’espace à celui qui joue avec toi.
10/ Je vous ai trouvé beaucoup plus sobre que d’habitude dans ce film. Est-ce que vous aussi ?
11/ En gros c’est cela. Mais qui n’est pas moins juste.
Bien joué. Ça me fait plaisir de t’avoir vu.
12/ Moi aussi. Merci Fabrice.
Interview réalisée par Thierry Colby
[Vidéos] La fille de Monaco : Interviews de Anne Fontaine, Louise Bourgoin, Fabrice Luchini et Roschdy Zem
Mardi 19 août 2008
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/Août
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00:29
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Publié dans : Cinéma
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Par Bono
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