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Bonjour tous les deux.


Bonjour.


Marc Collin, Olivier Libaux, vous êtes les cofondateurs de Nouvelle Vague. Pour ceux qui ne connaissent pas encore votre pédigrée, est-ce que vous pouvez nous donner quelques repères ?


J’ai besoin d’une demi heure montre en main !

Olivier est né dans les années 20. Fernandel…

Mon parcours débute à la fin des années 80. J’ai écouté des disques et après j’ai essayé d’en faire, ce qui n’est pas aussi simple qu’on le croit. J’ai fait un groupe qui s’appelle « Les objets », un groupe pop. Ensuite j’ai collaboré avec pas mal de gens, j’ai démarré mes projets solos. L’un s’appelle « L’héroïne aux bains » et l’autre « Imbécile ».


Marc Collin ?

J’ai commencé aussi dans les années 80. J’ai fait de la house assez rapidement, j’ai sorti des albums en 92 et 94, sous des noms de coureurs cyclistes. Indurain et Ollano, pour être précis. Ensuite j’ai travaillé avec des gens comme Helena Noguerra, j’ai fait des bandes originales de films. J’ai fait pas mal de choses électro, jusqu’en 2004 où j’ai eu cette idée de faire ce projet, Nouvelle Vague.

Qui aurait pu s’appeler Eddy Merckx, à quelque chose près.


Comment vous vous êtes trouvés ? Ça fait un petit moment que vous collaborez ensemble. Quelle est votre complémentarité ?

Le terrain d’entente se situe sur les musiques qu’on apprécie ou qu’on n’aime pas. Il y a quelque chose de commun, c’est la musique de film et la new wave. Marc est le premier que j’ai rencontré qui a osé me dévoiler son amour de la new wave, dans les années 90.

Plus difficile qu’un coming out !

On s’est dit qu’on allait parler de new wave, et en réécouter. Dans les années 90, tous les disques enregistrés entre 77 et 83 sombraient petit à petit dans l’oubli. On s’est trouvé cet amour commun pour la new wave.


En même temps, si on regarde bien tous les intervenants, on s’aperçoit qu’on rogne un peu sur le début des années 90. Qu’est-ce qui a de fascinant dans ces années 80 qui mordent un peu sur deux décennies ?

C’était une période extrêmement créative. Tout est né du punk. Les gens ont dit qu’ils en avaient marre des groupes où il fallait faire 20 ans de solfège pour faire de la musique. « On va tout casser, et monter un groupe même si on ne sait pas en jouer ». Les jeunes se sont retrouvés là dedans. Il y a eu naissance d’énormément de groupes dans le monde, avec un peu de retard dans d’autres pays mais en tout cas en Angleterre et au Etats-Unis. Ça a aussi coïncidé avec des moyens de production de musique. Les synthés sont devenus abordables. Les premières boites à rythme, les studios, ont fait une sorte de baby boom de plein de styles musicaux. C’était hyper créatif. On dit toujours qu’on attendait le nouvel album d’un groupe important, il en sortait un chaque semaine. On n’écoutait absolument pas la musique du passé, on n’avait plus le temps !

Il y a quelque chose de fascinant dans cette période, le fait que les punks aient dit que même si tu ne sais pas jouer la guitare, tu peux faire un disque, ça a donné pléthore de groupes excellents. L’autre chose est que les groupes enregistraient un album tous les six mois. Les trois premiers albums des Stranglers sont concentrés sur 1 an et demi. C’est assez fort au regard de la qualité des disques. Il y a donc une énergie complètement dingue sur cette période. En plus, ces groupes étaient tous en train d’inventer leurs propres sons. De 78 à 83, il y a eu une effervescence de nouveaux sons qui sont tous très distincts. Tout le monde connait le son de The Cure mais le son de The Cure n’est pas le même que celui de Joy Division ou de celui des Stranglers. Chacun avait une identité extrêmement forte.

Et il y avait une confiance dans le présent et dans l’avenir. On osait, quand on avait un nouveau synthé, on le retrouvait tout de suite dans les enregistrements. Il y avait une foi qu’on a plus du tout aujourd’hui.


Il y avait deux courants qui s’affrontaient un peu. Celui qui a mal veilli, il y a eu comme une pause, c’est la new wave « commerciale », celle qui a rencontré le plus grand nombre ?

C’est celle des corbeaux, comme on le dit méchamment parfois.

Tous ces groupes qui sont parti de « je ne sais pas faire de musique » sont devenus des groupes qui ont fait des tubes immenses. Il y a Depeche Mode, pratiquement tous, les Simple Minds, les Clash… Ils sont devenus mythiques. Chaque groupe a touché un très large public, bien au-delà du punk ou du new wave. On était en France, tout ça était décalé, mais on était accroc à cette musique.


Nouvelle vague, vous avez adopté très vite une sorte de code déontologique, un parti pris. Vous me rappeler lequel, après trois albums ?

Il faut reprendre des morceaux new wave post punk. Qu’est-ce qu’un groupe new wave ou post punk ? C’est un groupe qui est né avec le punk, on garde une période qui va de 77 à 85 maximum. Il faut essayer de réarranger le morceau dans un style antérieur. On va au maximum jusqu’à la date de naissance du morceau.

On transpose le morceau qui a été crée dans les années 80 dans une autre dimension musicale. C’est le principe de départ de Nouvelle Vague est de transposer les morceaux new wave exclusivement en bossa nova du Brésil des années 60. C’était très intéressant à faire. On prenait cette musique créée dans l’Angleterre en révolte, grise, et on la transpose dans le Brésil des années 50-60. En tenant compte du fait que la bossa nova était également un mouvement contestataire, mais moins dans le hurlement et l’agressivité, puisque la bossa est une musique douce, plus dépouillée. Les artistes de la bossa nova originelle souhaitaient par la poésie faire bouger des choses dans leurs pays.


L’idée était d’amener une autre résonnance, un autre environnement musical pour une chanson mais de respecter les auteurs compositeurs ?

D’une certaine manière, on veut prouver que ces gens qui ne connaissaient pas la musique ont écrit des chansons qui sont devenues des classiques. Quand on parle du punk ou de la new wave, on parle de la coupe de cheveux, le maquillage… On oublie souvent qu’ils ont écrit des chansons qui sont des merveilles pop. En gardant uniquement la mélodie et le texte, en transformant totalement la chanson, on prouve qu’elle tient le coup. Tout est possible.


Il y a eu une grande nouveauté dans le choix des titres. Il y a eu des intervenants, des auteurs compositeurs concernés par ces titres. Comment ça s’est passé ?


On savait depuis le début de Nouvelle Vague que Nouvelle Vague était plutôt appréciée par les groupes punks ou post punks et new wave que l’on a repris. Cela nous a fait plaisir, parce qu’au départ on n’avait pas de plan de carrière, et on n’avait pas réfléchi au fait que les groupes originaux puissent entendre nos versions. Il valait mieux ne pas y penser ! Petit à petit on a eu des échos, un article où Martin Gore parlait de Nouvelle Vague… Lorsque Marc a eu l’idée d’aller plus loin et d’entrer en contact avec certaines personnes de la new wave, on a franchit le pas.

Ça a été assez simple, on a envoyé des mails au management ou aux gens qu’on avait rencontrés, par exemple le chanteur des Specials, qu’on a rencontré à Londres. C’était assez facile de lui dire « Vu que tu as bien aimé ce qu’on a fait avec tes chansons, est-ce tu veux participer au nouvel album ? ». Finalement, ils ont joué le jeu, à part Martin Gore qui était en enregistrement avec Depeche Mode à New York et qui n’a pas pu venir. Ils sont tous venus au studio à Paris, enregistrer leur partie. On leur a proposé des duos. C’est un peu curieux de demander à quelqu’un de rechanter sa chanson 20 ans plus tard dans un arrangement différent. Donc on leur a demandé de faire un duo avec une des chanteuses de Nouvelle Vague, ce qui a aidé à leur faire accepter le projet. Effectivement, on leur a envoyé avant la maquette du titre.


Quelles ont été les réactions de la plupart de ces interprètes auteurs compositeurs ?

On s’est rendu compte qu’ils nous connaissaient tous. L’échange était tout de suite positif et chaleureux, même le management nous disait qu’ils adoraient ce que l’on fait. Les échanges se sont fait dans une bonne atmosphère, il fallait juste trouver la façon dont on allait travailler. Comme le disait Marc, proposer des idées, un duo, mais ne pas trop fermer les pistes. On n’a pas dit « tu chantes là ou là ». Tous les artistes nous ont demandé des tuyaux, des idées de ce qu’ils pourraient faire sur nos versions. Pour quelqu’un qui a écrit la version originale 25 an plus tôt, ce n’est pas facile de chanter une reprise de sa propre chanson, qui ne sonne plus du tout comme l’originale, avec en plus une chanteuse à côté. Ils nous ont demandé des indices et nous on savait plutôt bien ce qu’on voulait.

On a aussi essayé d’avoir des idées. On a demandé à Martin Gore, puisqu’on savait que c’est lui qui avait écrit le morceau. On a essayé d’être un peu malin et d’intéresser les gens en leur rendant hommage.


Pour certains ça va être une découverte. Autant sur Depeche Mode il y a des gros tubes, mais vous essayez de mettre en avant des titres qui ont marché en Angleterre, un peu moins en France. Vous avez fait une sélection de morceaux évidents et d’autres qui le sont moins.


Je pense que « Master and servant » était un gros tube un peu partout, mais moins diffusé depuis un certain temps. Je pense que ça reste un morceau bien connu des fans de Depeche Mode. « All my colours » de Echo and the Bunnymen est un morceau en voie d’être oublié. Il était sur le deuxième album de Echo and the Bunnymen. C’est un de mes titres préférés de Echo and the Bunnymen de tous les temps. C’est une aubaine de reprendre un titre pareil parce que les gens ne le connaissent pas. Ils vont pouvoir le découvrir.

Ça fait parti du projet. On s’est rendu compte sur le premier album que les titres que les gens aiment le plus sont les titres que les gens ne connaissaient pas avant. Par exemple, « In the manner of speaking », sur le premier album, qui est à la base un morceau de Tuxedomoon n’est vraiment pas connu. Ce morceau a été repris dans plein de films, sur des séries télé. Les gens attendent ce morceau quand on le joue en concert. J’ai remarqué que pour « Heart of glass » de Blondie, qui est un méga tube, on n’a pas la même attente des gens. Les gens ne viennent pas pour écouter des tubes mais pour découvrir des choses qu’ils ne connaissent pas. On s’est rendu compte qu’ils ne savaient même pas qu’on faisait des reprises ! Ça nous perturbe toujours un peu mais une partie du public ne sait pas qu’on fait des reprises. Ils ne connaissent pas les morceaux. Une reprise à la base est une chanson qu’on connait. Nous on reprend des morceaux que personne ne connait, c’est un peu spécial.

« Dance with me » sur le deuxième album, je pense que très peu de gens se souviennent de Lords of the New Church. En France, les Lords avaient une petite chapelle de public mais aux Etats Unis ils étaient complètements inconnus. Quand on joue « Dance with me », dont notre version est devenue un morceau très apprécié pour pas mal de gens, on a repris un groupe inconnu pour nombre d’anglo-saxons et une chanson encore moins connue.


Prenons l’exemple Soft Cell, « Tainted Love », c’est le titre qui les a révélé au public. En même temps, ce n’est pas un titre à eux, c’est une reprise. Donc vous faites connaitre un vrai titre de Soft Cell.

C’est ça qui est drôle. Quand on était jeune, on ne savait pas que « Tainted love » était une reprise. On s’est rendu compte après, je m’intéresse beaucoup à ce système de reprise, que pas mal de groupe ska comme Madness ont fait des reprises. C’était un clin d’oeil de prendre un morceau écrit par Soft Cell, qui est un magnifique morceau « Say hello wave goodbye ».


Comme vous voyagez de par le monde et que Nouvelle Vague répand ses reprises, les gens se disent que c’est un groupe à part entière. Ces titres là, vous vous les êtes accaparez. Il y a des réactions comme ça ?


C’est un peu notre destin. Il y a des gens qui s’identifient totalement à la version Nouvelle Vague. Il y a plein de gens qui voient Nouvelle Vague comme un bon groupe français. Il y a beaucoup de ça. Hier et avant-hier, on a joué à New Castle et à Manchester devant 4000 personnes. Ils ne savent pas qui est Nouvelle Vague, on joue des morceaux qu’ils ne connaissent pas vraiment ; ils prennent ça comme un groupe indé un peu étrange, français, avec des filles qui chantent. C’est ce qui fait en sorte qu’on a accédé à cette crédibilité et à cette notoriété. On n’a pas arrêté de tourner depuis 2004.


Est-ce que pour la direction musicale de cet album vous avez tenu à vous mettre dans un schéma relativement tenu, avec du bluegrass ?

Pas toujours. C’était une des nouvelles couleurs que l’on voulait dans l’album. On en a besoin, c’est ce qui nous inspire et nous excite au moment d’enregistrer. La bossa nova, on en a fait le tour sur le premier album, on a bien approfondi le sujet. Si on ne fait que des reprises en bossa nova, on s’ennuie un peu. Les gens s’ennuieraient aussi. Il fallait trouver un autre son. C’est la grande chance qu’on a sur ce projet, ça nous permet nous d’explorer toutes ces influences qu’on a, qui peuvent aller du jazz à la chanson française, la pop 60S, et de mettre ça dans l’album. Maintenant, il faut essayer d’avoir une direction générale. On a plutôt dit que c’était le country et le bluegrass, mais pour les gens qui écouteront l’album, il y a plein de morceaux qui n’ont rien à voir avec ça.

Il y avait aussi la nécessité de recentrer sur une musique un peu plus nord américaine, ce qui est le cas sur certains titres. C’était une façon de créer un bon costume pour nos invités. Je ne suis pas sûr que Martin Gore aurait été très confortable à chanter de la bossa nova. Comme on préparait notre idée de duo, l’idée de faire des reprises un peu moins décalées dans le sud s’est imposée. C’est une musique qu’ils peuvent chanter plus facilement.


Cinq ans de Nouvelle Vague. Bon anniversaire !

Ça fait déjà 5 ans, combien de temps va-t-on tenir encore ?! Nouvelle Vague est le premier projet que j’ai fait pour lequel j’ai fait un deuxième album !

Je n’ai jamais dépassé le deuxième album non plus !

C’est quelque chose qui nous dépasse complètement. On a fait le premier, on n’était pas sûr de faire un deuxième ; on a fait le deuxième, on n’était pas sûr d’en faire un troisième. On a communiqué sur le fait que ça serait certainement le dernier et finalement, on se demande pourquoi. Comme c’est une très bonne idée à la base, une idée très ouverte, on est contraint d’avoir de nouvelles idées. Il y a toujours quelque chose qu’on peut amener. En tout cas, on peut aller plus loin. On a vraiment mis le doigt sur quelque chose en créant ces voyages spatiotemporels. Un truc s’est passé, et même si les gens ne savant pas vraiment ce qui se passe. On a un public très jeune aujourd’hui, qui est sensible à ces chansons, ces textes qui ont été écrits par des hommes dans les années 70, qui sont chantées aujourd’hui par des jeunes filles. Il y a un décalage qui intéresse les gens.

Je pense que le terreau des chansons issues de la new wave et du punk est aussi dans les textes et les thèmes abordés, c’est une peinture du monde occidental qui n’a pas forcément bougé depuis. Le vendredi soir, tout le monde va se bourrer la gueule, partout dans tous les pays. Ces chansons sont d’actualité par les sujets qu’elles abordent, y compris la mélancolie, la monotonie de la vie. « Too drunk to fuck », ça marchera toujours. On donne un autre costume au matériel de base mais il y quelque chose qui intéresse les gens à la base, y compris les jeunes.


Un troisième album, à suivre sur scène aussi.

Carrément. On va faire pas mal de festivals cet été. On va commencer une tournée européenne en septembre-octobre. Il faut qu’on aille partout, c’est tout un périple. Et on va retourner aux Etats-Unis en décembre, puis on fera l’Afrique, l’Asie, l’Australie en 2010.

On en a pour 2 ans à mon avis. On ne s’est jamais arrêté de tourner, il n’y a pas de raison qu’on fasse des interruptions maintenant.


Bon voyage !


Merci.


Interview réalisée par Thierry Baumann


A voir en cliquant sur les liens suivants :

Le code de déontologie de Marc Collin et Olivier Libaux (Nouvelle vague)

Marc Collin et Olivier Libaux de "Nouvelle vague" racontent la genèse de leurs collaborations

Marc Collin et Olivier Libaux de "Nouvelle vague" amoureux de la new wave
Lundi 6 juillet 2009 1 06 /07 /Juil /2009 09:54
- Publié dans : Interview - Par Aanil - Ecrire un commentaire
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