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Laurent Tirard bonjour.

Bonjour.


Le 30 septembre, « Le Petit Nicolas » va faire sa rentrée des classes au cinéma. Pour tous ceux qui ne connaitraient pas le personnage inventé par Goscinny et Sempé, qui est le petit Nicolas ?

Ça existe, les gens qui ne connaissent pas le Petit Nicolas ? Oui je crois que ça existe. Le petit Nicolas est un personnage inventé par René Goscinny et Jean-Jacques Sempé en 1959, il y a 50 ans exactement. Ce personnage est tiré de leurs souvenirs d’enfance. Les gens le savent rarement, mais Goscinny et Sempé l’ont basé sur leurs souvenirs d’enfance. Le petit Nicolas est un petit garçon d’environ 8-9 ans, qui va à l’école, qui a une maitresse très gentille. Il a plein de copains très chouettes, qui font plein de bêtises mais ne disent jamais de gros mots, c’est interdit dans « Le petit Nicolas ». Il a deux parents très sympathiques qui se disputent souvent mais au final ça s’arrange toujours.


Est-ce un personnage qui a bercé votre enfance, votre adolescence ? Quels souvenirs en gardez-vous ?

Pas mon enfance, je l’ai lu à l’adolescence, vers 12 ans. Il faut préciser qu’il y a plusieurs niveaux de lecture dans ce livre. Il y a un premier niveau au premier degré, que les enfants de 8-9 ans peuvent comprendre, mais il y a aussi beaucoup d’ironie, qu’on commence à percevoir quand on est adolescent. Je l’ai lu à un âge où je pouvais le lire avec cette double lecture et où je pouvais en le lisant éprouver une certaine nostalgie par rapport au monde de l’enfance. Ce sentiment de nostalgie est quelque chose de très fort dans « Le Petit Nicolas ». « Le Petit Nicolas » nous ramène à notre enfance, quelque soit l’enfance qu’on ait vécue. Il y a quelque chose d’intemporel et d’universel. J’ai le souvenir qu’à 12 ans, alors qu’on n’est généralement pas très nostalgique à cet âge, ça me rappelait mon enfance et me rendait un peu nostalgique.


Goscinny et Sempé ont écrit énormément d’histoires liées au « Petit Nicolas ». Face à toute cette matière, qu’avez-vous gardé pour le film et quelle vision aviezvous lors de l’écriture du scénario du « Petit Nicolas » ?

Avec « Le Petit Nicolas », nous étions confrontés à un problème : ce ne sont que des petites histoires. Ce sont en plus des petites histoires qui fonctionnent sur un gag et dont la dramaturgie est anecdotique : qui a cassé le vase rose du salon, papa et maman se disputent … Au final, tout s’arrange. Pour un film d’une heure et demi, il fallait qu’on ait d’une part une vraie consistance dramaturgique et d’autre part, le challenge était de construire quelque chose d’émotionnel. « Le Petit Nicolas » est très touchant, mais à aucun moment il n’y a quelque chose d’émotionnellement fort. Pour le film, il fallait qu’on arrive à construire quelque chose d’émotionnel, on a donc inventé une trame, une intrigue, qui traverse tout le film. Pour qu’il y ait de la dramaturgie, on s’est demandé qu’elle était la pire chose qui puisse arriver au petit Nicolas. Nicolas est un enfant unique, un enfant roi, ses parents l’adorent. La pire chose qui puisse lui arriver serait de perdre son statut d’enfant roi. Donc Nicolas pense qu’il va avoir un petit frère. La peur de l’abandon est un thème qui parle souvent aux enfants, qui avait été très bien traité de façon plus déguisée dans « Toy Story » par exemple. Je pense que c’est ce qui avait fait le succès de ce film auprès des enfants. C’est notre intrigue, qui soutient tout le film. Une fois qu’on a eu inventé cette colonne vertébrale, le travail a consisté à essayer d’intégrer au maximum et de façon la plus homogène possible tous les moments cultes, les images cultes du « Petit Nicolas ». Nicolas partant de chez lui la nuit avec son petit baluchon, fantasmant sur son avenir et son retour, la visite médicale, la visite du ministre, la remplaçante de la maitresse, il y avait énormément de matière, on aurait pu faire 12 heures de film. Il a fallu faire des choix, parfois un peu difficiles. On aurait voulu mettre certaines choses, mais qui ne s’intégraient clairement pas de façon homogène dans le film. On a dû les abandonner. On a fait ce qu’on a pu pour que le spectateur puisse retrouver au maximum les moments du « Petit Nicolas » qui lui étaient chers.


Anne Goscinny, la fille de René Goscinny, est créditée comme conseillère au scénario. Que vous a-t-elle apporté, suggéré, ou déconseillé de faire par rapport à l’oeuvre de son papa ?

Il y avait des règles strictes, dont Anne était la garante : pas de gros mots, pas de morts. On a toujours essayé de voir si on pouvait pousser les limites, comme les enfants qui testent pour voir. On a réussi à mettre un mort, mais un mort de cinéma, quand le gangster sort de prison et qu’il se fait tuer par ses anciens acolytes. Au début, Anne n’était pas trop d’accord mais quand je lui ai montré les images, elle a compris qu’il y avait un côté très cartoon, que les enfants ne pouvaient même pas le vivre comme une mort. Ensuite il y avait un respect de l’esprit de l’oeuvre dont elle était la garante. On soumettait des idées à Anne, c’était pas mal mais à double tranchant. C’est toujours difficile d’avoir quelqu’un à qui on doit rendre des comptes artistiquement. Généralement, quand j’écris un film, j’ai mes producteurs mais artistiquement je n’ai de compte à rendre qu’à moi-même ; ils peuvent aimer ou non, mais c’est moi qui ait écrit. Là quelqu’un nous disait si telle ou telle chose était bien dans l’esprit de l’oeuvre. Parfois, c’était frustrant, et parfois positif.


Quel challenge doit-on surmonter quand on est réalisateur, qu’on part d’un base écrite il y a 50 ans et qu’on s’adresse à un public familial et à des enfants élevés à la console de jeux ?

Pour moi, ce n’est pas ça le problème. Le film est situé dans les années 50-60, mais en réalité, ce n’est même pas les années 50. C’est un faux monde, ça pourrait se passer au Moyen Age, sur Mars … On voit bien que c’est une retransposition de la façon dont les enfants voient le monde. Tout est très « safe », il n’y a jamais de vrai danger, les adultes crient un peu mais en fait ils sont gentils. Pour moi c’est un peu un conte de fée, un conte, c’est ouvertement une fiction. On n’essaie pas de dire « Regardez, c’était comme ça dans ces années là ». Ce n’est pas la réalité, ce n’était pas comme ça dans les années 50. Il y a un côté ouvertement factice, « carton pâte ». En revanche, les émotions, les sentiments, la problématique de l’enfance, est, je pense, intemporelle. Elle parle aux enfants d’aujourd’hui comme aux enfants des années 70, 60 ou 30. Ce sont les problèmes avec les copains à l’école, les problèmes avec les parents, tout ça est déguisé dans des costumes des années 50, mais c’est plutôt intemporel.


Une dernière question. Pourquoi avoir choisi Valérie Lemercier et Kad Merad dans le rôle des parents ?


Valérie, je l’ai choisie très tôt, dès l’écriture, parce que je trouvais le personnage de la mère un peu trop lisse pour un long métrage. Ça marche bien dans « Le petit Nicolas » et dans les histoires, c’est une maman très gentille, qui s’énerve un peu parfois parce qu’on a marché sur le tapis avec des chaussures pleines de boue mais au final elle se calme. Je ne voyais pas un personnage comme ça fonctionner sur une heure et demie. Il fallait l’emmener ailleurs, il fallait de la folie. Quand j’ai pensé « folie », j’ai immédiatement pensé à Valérie. J’ai pensé qu’elle pouvait apporter à ce personnage sa folie. J’avais envie d’un personnage avec une certaine frustration. On est dans une époque où la femme se modernise, elle a envie de s’émanciper. Je voulais un personnage plein de frustrations et qui allait être très maladroit dans son désir d’émancipation. Immédiatement, j’ai su que Valérie était parfaite pour le rôle. Quant à Kad, j’avais pour référence pour le père du petit Nicolas le mari dans « Ma sorcière bien-aimée », un cadre moyen qui va au travail tous les jours, met son petit costume. Il a un peu d’ambition mais il est en même temps un peu lâche. Il a beaucoup de mauvaise foi dans ses conflits avec sa femme. Je me suis dit qu’avec Kad, ce personnage fonctionnerait bien.


Merci Laurent Tirard.

Je vous en prie.


Mardi 29 septembre 2009 2 29 /09 /Sep /2009 07:22
- Publié dans : Interview - Par Aanil - Ecrire un commentaire
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