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Publié par Aanil

ARTE diffuse, mardi 21 janvier 2014 à 23 heures 30, le documentaire réalisé par Emil Weiss "Auschwitz, premiers témoignages".

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Fondé sur des témoignages recueillis juste après la guerre, ce documentaire rend tangible l'atroce quotidien vécu dans le camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz. Un document bouleversant, rigoureux sur le plan formel autant qu'historique, signé Emil Weiss ('Sonderkommando Auschwitz-Birkenau').


Le documentariste Emil Weiss pensait clore son cycle consacré à l’univers concentrationnaire avec le film Sonder-kommando Auschwitz-Birkenau, diffusé le 23 janvier 2008 par ARTE, sur les déportés chargés de faire fonctionner les fours crématoires. “C’est l’inverse qui s’est passé. Il m’est apparu que ce choix radical de faire entendre, au cinéma, des textes fondamentaux jusqu’ici laissés de côté, était une approche différente et féconde et qu’il fallait poursuivre cette entreprise en décrivant les autres étapes déterminantes du parcours des victimes”, explique-t-il. Dans ce documentaire, il fait entendre les voix de quatre survivants d’Auschwitz – Suzanne Birnbaum, le Dr Robert Levy, le Dr Robert Waitz et le Dr Mark Klein. Leurs témoignages ont la particularité d’avoir été déposés dès la fin de la guerre, en 1945. Ils rendent compte des événements vécus, avec simplicité et force, sans “écran mémoriel”. Ce phénomène d’uniformité observé par les historiens, qui caractérise certains témoignages tardifs, serait dû, entre autres, à une propension inconsciente de l’interviewé à répondre aux attentes de l’intervieweur.

Sans échappatoire

Aux antipodes de la position qui consiste à décrire la réalité des camps comme indicible, le film cherche au contraire à nous la faire ressentir, à nous en rapprocher. Il commence par un examen précis du plan d’Auschwitz, complexe concentrationnaire qui occupe plusieurs milliers d’hectares et où convergent quatre activités : concentration, extermination, industrie et science. Puis la description du trajet vers le camp, la caméra filmant l’intérieur d’un wagon à bestiaux vide, donne d’emblée l’impression d’une réalité sans échappatoire. Plutôt que de séparer les témoignages, le réalisateur les entremêle et suit un plan chronologique – du voyage à l’évacuation des camps –, qui rend plus tangibles encore l’angoisse de chaque instant et le lent anéantissement subi par les déportés. Dits par des comédiens, les témoignages nous font entendre la déportation dans ce qu’elle a de plus barbare et de plus quotidien. Un dispositif formel aussi épuré qu’efficace, bouleversant, qui rend toute leur force à ces récits, et entraîne le spectateur “là où il s’est toujours refusé d’entrer vraiment”.

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