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Publié par Aanil

ARTE diffuse, mercredi 30 octobre 2013 à 23 heures 15, le film réalisé par Michael Haneke "Benny's video".

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© Wega Film/DR


Benny est fou de vidéo. Un jour, il convie une jeune fille chez lui et l'abat froidement. Avec 'Benny's Video', Michael Haneke entame une réflexion sur le mal, la violence et les images, qu'il poursuivra avec 'Funny Games'. Un film dur réalisé avec un talent immense.


Benny, un adolescent issu d’une famille bourgeoise autrichienne, comble un grand vide affectif en se noyant dans l’univers de la vidéo. Il loue des films, en enregistre et se sert constamment de la caméra offerte par ses parents. Imperceptiblement, les images dont il se gave occultent son sens des réalités et de la morale. Un jour, il ramène une fille de son âge chez lui, et la tue brutalement. Il montre la cassette de son crime à son père et sa mère qui décident de faire disparaître le corps…

Les éléments du crime

Avec Benny’s video, Michael Haneke interroge notre position morale face à la violence. Sous le flot indifférencié des nouvelles du monde distillées par la radio ou la télé, dans le monde des images, seule la mort est réelle. Benny occupe une chambre dont les fenêtres sont condamnées. L’extérieur lui parvient par l’intermédiaire d’une caméra vidéo. La réalité est pour lui ce qui apparaît sur un écran : il peut la répéter, la copier ou la faire disparaître dans l’oubli infini de l’électronique. Au cours d’un jeu stupide, il abat une jeune fille (rencontrée devant un magasin de vidéo) qu’il a fait entrer dans son monde personnel. Quelle différence entre la vidéo familiale qu’il contemple à loisir, où sa mère et son père tuent un cochon, et celle qu’il réalise en filmant son meurtre ? La mort ne peut pas s’effacer, même si on parvient à enfouir les traces du crime. La mort fait intervenir le réel. Tout le talent de Haneke consiste à laisser entier le mystère “psychologique” du geste meurtrier, à conserver intact l’effroi inspiré par un acte aussi brutal. Dans un climat de boucherie froide, les dialogues minimalistes tranchent comme une lame de rasoir. Le réel, c’est aussi le silence, et derrière les volets de la chambre enfin ouverts, un mur, une rue vide. Perdu, cherchant inconsciemment un repère, peut-être un père, Benny s’en remet aux autorités administratives : des êtres enfin capables de morale, mais socialement programmés.

Avec : Arno Frisch, Angela Winkler, Ulrich Mühe, Ingrid Stassner, Stephanie Brehme, Stefan Polasek

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