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Publié par Aanil

France 2 diffuse, mardi 08 octobre 2013 à 22 heures 30, le documentaire écrit et réalisé par Jacques Cotta et Pascal Martin "Dans le secret du Mont-de-Piété".

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Les histoires de chez « ma tante » sont toujours bouleversantes. Elles témoignent de notre temps troublé, de la vie des démunis, de leur courage, de leurs combats. Elles nous parlent, ces histoires du mont-de-piété, de l’argent qui circule ou pas, qui étrangle, ou permet de tenir, encore un peu, en mettant au clou un bijou, un objet, un peu de mémoire… Mais les monts-de-piété ne font pas seulement du prêt sur gage. Certains abritent une banque, comme à Boulogne sur Mer. Les clients se rendent au mont-de-piété presque chaque jour, pas pour gager des bijoux, pour la bonne raison qu’ils n’en ont pas, mais, parce que cette banque constitue pour eux une véritable bouffée d’oxygène.


Au mont-de-piété de Bordeaux, c’est la cohue. Beaucoup de femmes (elles constituent la grosse majorité des clients des monts-de-piété) viennent gager leurs bijoux. Certaines pour pouvoir faire face à des échéances proches (factures de gaz ou d’électricité), d’autres parce qu’elles sont complètement acculées. Ainsi, cette femme en pleurs vient supplier pour que les bijoux qu’elle a gagés, auxquels elle est affectivement très attachée mais dont elle n’a pu acquitter les intérêts, ne soient pas présentés à la prochaine vente aux enchères. Elle les perdrait alors définitivement.

Au mont-de-piété de Boulogne-sur-Mer, c’est la cohue également. En ce premier lundi du mois, il est 7 heures du matin, et la queue s’étale sur le trottoir. Les gens ne viennent pas gager leurs bijoux. Ils sont clients de la banque du mont-de-piété, et c’est le jour de la distribution des allocations familiales. Les services du mont-de-piété n’ouvrent qu’à 9 heures ? Qu’importe ! Ils vont patienter deux longues heures car ils sont dans l’angoisse de l’urgence.

À Bordeaux, ville bourgeoise par excellence même si la pauvreté y est présente, on ne gage pas seulement des bijoux. On propose également des vins fins, des sacs de marque, des foulards… Le service de prêts sur gages de Boulogne-sur-Mer est beaucoup moins fréquenté que celui de Bordeaux. Nous y avons pourtant rencontré Max, ancien chef d’entreprise (il construisait des maisons en bois) acculé à la faillite. Pour Max, le mont-de-piété est le dernier recours. En instance de divorce, sa femme a accepté de lui confier les bijoux qu’il lui avait offerts du temps où il en avait les moyens, afin qu’il puisse les gager et nourrir ses deux filles dont il partage la garde.

À Boulogne-sur-Mer, nous interrogeons longuement les clients de la banque du mont-depiété. Pour eux également, c’est le dernier recours. En effet, une immense majorité d’entre eux a été éjectée du système des banques traditionnelles pour cause de pauvreté chronique. Nous parlons avec eux d’argent, de leur situation, de leurs ambitions, de leurs espoirs. À Bordeaux, c’est jour de vente aux enchères. Les bouteilles de Petrus, les sacs Hermès, etc. trouvent difficilement preneurs. La crise frappe dans tous les milieux… Les lots de bijoux, eux, sont raflés par les marchands d’or professionnels. Ils les refondront et attendront que les cours de l’or continuent de monter pour les revendre… au poids ! La crise ne fait pas que des malheureux.

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