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Publié par Aanil

Au sommaire du magazine de société "Faites entrer l'accusé" diffusée dimanche 27 octobre 2013 à 22 heures 30 sur France 2 :

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Le Gang des souris vertes


Tous les braqueurs en rêvaient. Laurent Cocogne et Serge Quemin l’ont fait ! Les deux beaux-frères et leurs complices sont parvenus à déjouer le système de sécurité des mallettes blindées dans lesquelles les banques transportent les billets. Ils ont ainsi sévi pendant plusieurs années, en Ardèche, en Isère, dans la Drôme… Et quand ils ne s’attaquaient pas aux valises, ils jouaient aux acrobates, en se glissant dans les banques par les toits. Une bande organisée comme un commando, dont l’intelligence et la nonviolence ont marqué tous ceux qui l’ont traquée ou jugée. Elle garde aujourd’hui son surnom de Souris vertes, en référence à la recette miracle qu’elle a mis au point.

Le 3 avril 2003, à Chabeuil, dans la Drôme, des employés de la Banque populaire donnent l’alerte. Ils ont été pris en otage par des hommes cagoulés qui sont mystérieusement tombés du plafond. En moins de quinze minutes, le coffre a été vidé. Habillés en bleus de travail, comme des mécanos, ces braqueurs ont déjà été signalés : dans la région, quatorze braquages leur sont attribués. L’équipe repère les lieux à l’avance, laisse entrer les employés, attend que l’alarme soit désactivée, avant de surgir du faux plafond et de partir avec la caisse…

La section de recherches de Grenoble connaît bien leurs méthodes. Mais elle a beau explorer toutes les pistes, elle ne parvient pas à les arrêter. À la même période, des attaques d’un autre genre se multiplient dans la région Rhône-Alpes. Elles prennent pour cible les convoyeurs de fonds. Les agresseurs récupèrent les mallettes de billets pour les vider de leur contenu. Ce que la police ignore, c’est que cette bande de braqueurs et celle des « mécanos » ne font qu’une. Les gars changent de méthode pour brouiller les pistes… D’autant que pour les policiers, comme pour les gendarmes, ces attaques de valises n’ont aucun sens. Depuis 2000, ces mallettes sont en effet équipées d’un système de sécurité infaillible : à la moindre effraction, les coupures sont noyées dans une encre indélébile ! Ainsi taché, l’argent volé devient inutilisable. Alors, pourquoi s’acharner ? Il faudra attendre quelques années pour élucider ce mystère…

Le 30 mars 2006 précisément. Ce jour-là, une 807 rouge sillonne les routes de la Verpillère. Les « mécanos » ont récidivé. Mais cette fois, les gendarmes les repèrent. Une course-poursuite s’engage. Des coups de feu claquent. Deux braqueurs sont touchés. Quand le chef de la bande sort de la voiture, il pose le canon de son revolver contre son coeur et tire. C’est Laurent Cocogne, le fils de Dédé le Lyonnais, une figure du milieu. Les enquêteurs lui courraient après depuis des années, convaincus qu’il était la tête pensante d’un énorme braquage commis le 11 septembre 2001. À ses côtés : Serge Quemin, son beau-frère, lui aussi en cavale. Mais aussi Hervé Carlier et David Gelée, des anciens militaires, et Jean- Pierre Borys, dit le Russe. Deux complices non armés, « les sonnettes », étaient chargés de donner l’alerte par radio à l’équipe.

Dans le coffre de la 807, les gendarmes découvrent un attirail surprenant : des bidons d’huile et des bacs en plastique. En garde à vue, les braqueurs s’expliquent : pour contourner le système de sécurité des valises, ils les entrouvraient à l’aide d’une pince spéciale et les plongeaient dans un bac d’huile, avant de les forcer. La cartouche d’encre explosait, mais le colorant glissait sur les billets saturés d’huile. Il ne restait plus qu’à les lessiver, et les faire sécher. Trempez-la dans l’huile, trempez-la dans l’eau… Cette méthode, qui sonne comme la célèbre comptine, a valu aux braqueurs leur surnom de « gang des souris vertes ». En trois ans, ils ont amassé près d'un million et demi d’euros.

Les membres du gang se retrouvent le 14 janvier 2010 devant les assises de Lyon. Un vent d’admiration gênée court dans la salle. Les accusés font bonne impression et leur ingéniosité marque tout le monde. Serge Quemin est condamné à seize ans de réclusion criminelle. Hervé Carlier prend douze ans. David Gelée, onze. Borys n’est condamné qu'à huit ans pour recel. Les « sonnettes » prennent cinq ans. Quant à la femme de Laurent Cocogne, soupçonnée de complicité, elle est acquittée.


Intervenants :

Le colonel Pierre Tabel, commandant la SR Grenoble
Annick Corona, juge d’instruction, juridiction interrégionale spécialisée de Lyon
Me Pierre- Olivier Lambert, avocat de la société Axytrans
Luc Brient, responsable sécurité Axytrans
Le lieutenant colonel Eric Espinal, pilote d’alerte de l’hélicoptère de la gendarmerie de Lyon
L'adjudant-chef Manuel Noguera, SR de Grenoble
L'adjudant-chef Frédéric Arrivat, directeur d’enquête, SR de Grenoble
Christophe Munier, convoyeur de fonds
Le brigadier-chef Axel Ponsard-Chareyre, antenne PJ de Valence
Le commandant Bruno Navarro, DIPJ Lyon
Dédé, père de Laurent Cocogne
Me Bertrand Sayn, avocat de Serge Quemin
Lionel Favrot, journaliste, Mag2Lyon
Le commissaire divisionnaire Jean-Jacques Colombi, PJ de Clermont-Ferrand
Le capitaine Jacques Chabroulin, BRB de Lyon
Me Sylvain Cormier, avocat de Jean-Pierre Borys, convoyeur de fonds
Le gendarme Didier Castellan, PSIG de Bourgoin-Jailleu
Me Jean-Marie Viala, avocat d’Hervé Carlier
Christian Roussel, avocat général près la cour d’appel de Lyon
Pascal Chabaud, juré ; Me Ivan Flaud, avocat de Christophe Munier
Dominique Rizet, journaliste

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