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Publié par Aanil

Au sommaire du magazine de société "Faites entrer l'accusé" diffusée dimanche 13 octobre 2013 à 23 heures 15 sur France 2 :

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Poker macabre à Corte


Joseph Vincensini, Jojo, le roi du poker à Corte, en Haute-Corse. Ici, tout le monde se connaît et, quand Jojo disparaît, le 24 janvier 2005, les rumeurs les plus folles circulent : les femmes, l’argent, les dettes de jeux, la mafia… Tout est envisagé, sauf le pire. Jojo a été décapité, son corps donné aux cochons. Son meurtrier avoue mais, lors du procès, ils sont cinq dans le box des accusés. Preuve qu’un mobile peut en cacher un autre... En Corse, il est des figures locales qui en imposent. Jojo en fait partie. Patron de boîte de nuit à Corte, Joseph Vincensini tient également un bar, l’Oasis, où il organise des parties de poker. Quand, au lendemain d’une partie, le lundi 24 janvier 2005, il ne donne pas signe de vie, on commence à s’inquiéter. Son frère Jean décide de lui rendre visite, pour vérifier que tout va bien. Mais, sur place, il trouve la porte grande ouverte et de nombreuses traces de sang partout dans la maison. En arrivant sur les lieux, les gendarmes s’aperçoivent que le coffre de Jojo a été vidé. Il manque aussi une couverture, qui aurait pu servir à transporter un corps.

À Corte, la rumeur va vite. Si le patron de l’Oasis a disparu, c’est à cause des jeux…. À moins que ce ne soit une histoire de coeur… Grâce aux factures détaillées des appels téléphoniques de la victime, les enquêteurs découvrent que Jojo a téléphoné quatre fois à la même personne le soir de sa disparition. Il s’agit d’une femme, Nathalie Battesti, la serveuse du restaurant l’Échiquier où Joseph Vincensini a ses habitudes. Depuis quelques semaines, il lui court après. Mais Nathalie n’est pas un coeur à prendre. Elle est en couple avec le patron de l’établissement, Xavier Luciani. Un joueur compulsif qui devrait près de 50 000 euros à Jojo. Le 22 mars 2005, deux mois après la disparition de Joseph Vincensini, Xavier Luciani est interpellé, sa voiture perquisitionnée. La banquette est abaissée. Sous un amas de bois et de paille, une couverture… Elle enveloppe le cadavre de Jojo. Un cadavre sans tête.

Le patron de l’Échiquier passe alors aux aveux. S’il a tué Jojo, c’est parce qu’il lui avait volé sa maîtresse, Nathalie Battesti. Il raconte comment il l’a assassiné : à coups de rouleau à pâtisserie. Comment il a voulu se débarrasser du corps : en le jetant aux cochons. Comment il l’a décapité, parce que "les cochons ne mangent pas les cheveux". Les gendarmes ont donc tous les éléments : le meurtrier, le mode opératoire, l’arme du crime. Et surtout le mobile : la jalousie. Mais ils finissent par découvrir que Nathalie n’était qu’un appât. Luciani voulait surtout "sauver l’honneur" face à Jojo, à qui il devait beaucoup d’argent, et qui ne ratait pas une occasion de l’humilier publiquement.

Un an plus tard, un événement inattendu oriente l’enquête. Le 22 janvier 2006, une bombe explose à Aix-en-Provence. Les responsables ? Des terroristes du FLNC. Parmi eux, Dominique Pasqualaggi, un prof d’archéologie que connaît bien Xavier Luciani. Il lui aurait prêté la cuisine de son restaurant pour concocter des mélanges explosifs. Alors que Pasqualaggi est auditionné pour l’attentat d’Aix-en-Provence, Luciani le dénonce comme complice dans l’assassinat de Jojo. Nathalie confirme. Et deux autres noms tombent : Sébastien Giudicelli, le neveu de Xavier Luciani, et Joseph Sabiani. Tous auraient été recrutés par Xavier Luciani pour l’aider à effrayer Jojo. Tous pouvaient y gagner. Luciani aurait promis de l’argent à Sabiani, qui consommerait de la drogue. Il aurait fait la même promesse à Pasqualaggi, lui parlant du coffre de Jojo comme d’une manne providentielle pour financer des actions terroristes. Giudicelli, lui, aurait agi par solidarité familiale envers son oncle. En audition, tous chargent Pasqualaggi, mais l’homme dément et se jette par la fenêtre... il restera gravement handicapé.

Quand le procès s’ouvre à Bastia, le 31 mai 2010, ils sont donc cinq à comparaître. Impassible, Xavier Luciani, avoue qu’il a manipulé Nathalie Battesti pour en faire son appât. Sur son fauteuil roulant, Pasqualaggi continue de nier. Giudicelli, lui, ne supporte pas la pression et fond en larmes en promettant une vérité qui n’éclatera jamais. Luciani écope de 30 ans de prison, Nathalie de 10 ans, 25 ans pour Pasqualaggi, 15 pour Sébastien et 3 ans avec sursis pour Sabiani. En appel, les peines de Nathalie et de Dominique Pasqualaggi sont adoucies. Mais le mystère reste entier. À l’issue du second procès, personne ne sait qui a porté le coup fatal, qui a décapité Jojo.

Intervenants :

Benoît Couzinet, vice-procureur de la République, TGI de Bastia
Gilbert Thiel, juge d’instruction au pôle antiterroriste
Maître Pascal Garbarini, avocat de Dominique Pasqualaggi
Antoine Albertini, journaliste, France 3 Corse – Le Monde
Marc-Antoine Luca, ami de la famille Vincensini
L'adjudant Didier Gal, gendarmerie de Corte
L'adjudant-chef Frédéric Plumeau, gendarmerie de Corte
Maître Jean-Sébastien de Casalta, avocat de la famille Vincensini
Maître Jacques Raffali, avocat de Nathalie Battesti
Maître Jean-Louis Seatelli, avocat de Xavier Luciani
Vincent Raffray, juge d’instruction, TGI de Bastia
Ariane Chemin, grand reporter au Monde
Dominique Rizet, journaliste

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