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Publié par Aanil

Au sommaire du magazine de société "Faites entrer l'accusé" diffusée dimanche 10 novembre 2013 à 22 heures 25 sur France 2 :

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Youssouf Fofana, le gang des barbares


Il avait 23 ans. Il s’appelait Ilan Halimi. Il était juif. Son calvaire a duré vingt-quatre jours. Enfermé dans la cave d’un immeuble de Bagneux, le jeune homme a été torturé, nuit et jour, tandis que les hommes de la Brigade criminelle tentaient, dans la plus grande discrétion, de mettre la main sur ses ravisseurs. Jusqu’au bout, ils ont espéré arracher Ilan des mains de ses ravisseurs.

On a retrouvé le jeune homme agonisant le long d’une voie ferrée, le 13 février 2006. Quand le « gang des barbares » et son chef, Youssouf Fofana, sont tombés, il a fallu comprendre. Crime crapuleux ou crime antisémite ? Le fait divers sordide est devenu une affaire d’État.

Ilan Halimi est enlevé le 20 janvier 2006. Un soir de shabbat. Dès le lendemain, sa petite amie reçoit par mail une demande de rançon de 450 000 euros. En pièce jointe, une photographie d’Ilan, le visage scotché, un pistolet sur la tempe. La Brigade criminelle prend l’affaire au sérieux, même si le mobile de l’enlèvement n’est pas évident : Ilan n’est pas connu des services de police. Il est vendeur en téléphonie et sa famille n’est pas fortunée. Mais les policiers décident de travailler en toute discrétion pour ne pas éveiller les soupçons des ravisseurs. Les enquêteurs sont rapidement convaincus qu’Ilan est tombé dans un piège que lui a tendu un appât. Le soir de sa disparition, il avait rendez-vous avec une mystérieuse jeune fille, une esthéticienne. Étrangement, elle a utilisé une carte sans abonnement pour le contacter. En remontant cette piste, les policiers découvrent que la puce a été utilisée par d’autres jeunes filles qui tentaient d’appâter des hommes du même profil qu’Ilan. Grace à eux, ils parviennent à établir le portrait-robot de l’une d’elle. Mais la piste ne les mène pas plus loin…

Dans le même temps, les policiers tentent de remonter jusqu’à l’homme qui envoie les demandes de rançon à la famille. Mais ses appels téléphoniques sont brefs ou proviennent d’Afrique. Et quand il se connecte à un ordinateur, il prend soin de changer régulièrement de cybercafé. Il faut attendre le 2 février pour qu’une caméra de surveillance enregistre l’image du suspect. Son visage est en partie dissimulé par une écharpe. Mais les policiers ont maintenant la confirmation qu’il s’agit d’un homme de type africain. Ils diffusent sa photo dans tous les commissariats de Paris et de banlieue, informent leurs collègues. Les policiers de Villejuif réagissent : un mois plus tôt, un agent immobilier a fait l’objet d’un piège très semblable : appâté par une fille qui se prétendait esthéticienne, l’homme a été conduit dans une cité d’Arcueil où il a été tabassé, avant que ses ravisseurs ne prennent peur et ne s’enfuient….

La crim' fait une rapide et surtout discrète enquête de voisinage, qui ne les conduit nulle part. La piste était pourtant bonne : Ilan Halimi est séquestré tout près de là... à Bagneux. Pendant ce temps, les ravisseurs s’impatientent. Le 29 janvier, ils ont contacté le rabbin Zini, en espérant mobiliser la communauté juive et accélérer le paiement de la rançon. Mais lorsqu’une remise de rançon est tentée, le 6 février, avec le père d’Ilan, les ravisseurs ne se montrent pas. Les policiers décident de rompre tout contact avec eux. Une semaine plus tard, on retrouve Ilan à Sainte-Geneviève-des-Bois, nu, tondu, brûlé.

Les policiers ont échoué. Ils rendent alors l’affaire publique. Ils diffusent le portrait-robot de l’un des appâts et la photo du suspect. Dès le 15 février, une femme se présente aux policiers : la fille du portrait-robot, c’est elle ! Grâce à son témoignage, le « gang des barbares » est démantelé : vingt-sept hommes et femmes, de 17 à 32 ans. Le cerveau du gang, c’est Youssouf Fofana, un caïd de banlieue. C’est lui qui a pensé à kidnapper un jeune juif, parce que, dira-t-il, « les juifs ont de l’argent et qu’ils sont solidaires ». Il a recruté des appâts, des geôliers, monté une entreprise criminelle. C’est une fille de 17 ans surnommée Yalda qui a appâté Ilan. L’opération devait durer trois jours. Elle s’est éternisée vingt-quatre jours, pendant lesquels Ilan a été séquestré dans des conditions de plus en plus épouvantables. Jusqu’à ce que Fofana, incapable de contrôler ses hommes plus longtemps, l’assassine de plusieurs coups de couteau, avant de le brûler.

Dès la découverte du corps, la famille d’Ilan et la communauté juive dénoncent le caractère antisémite du crime. Dans les journaux et les milieux politiques, l’affaire prend une dimension nationale qu’elle gardera tout au long du procès. Au terme de la première instance, le garde des Sceaux demande même publiquement que le parquet fasse appel d’un verdict, que la famille Halimi juge trop clément. Si Fofana a été condamné à la peine maximale, la perpétuité assortie de vingtdeux ans de sûreté, ses complices ont pris de cinq à quinze ans. Le procès en appel ne changera pas beaucoup la donne. La peine de Yalda, condamnée à neuf ans en première instance, est confirmée.

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