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Bonjour Alain Chabat.
Bonjour.
Le 11 novembre sortira « Trésor », le dernier film de Claude Berri. Est-ce un film dont vous auriez pu écrire le scénario, vous qui connaissiez bien Claude Berri ?
Non. Si j’avais fait un film sur Claude Berri, en prenant ce petit moment de sa vie, je ne sais pas… Peut être. Mais je ne pense pas. C’est un vrai pur film de Claude Berri, personnel, comme la
plupart de ses films. Il nous fait entrer dans son intimité.
Comment définiriez-vous la patte scénaristique de Claude Berri ?
Il a fait tellement de films différents… Il y a toujours quelque chose de très personnel, une envie de parler aux gens. Comme tous les films, le film rencontre le public ou pas. Mais il y a
toujours cette envie de partager quelque chose. Comme disait Claude Berri : « J’ai envie que mes films soient vus, j’ai envie de partager ». Il aime le cinéma populaire, et raconter ces histoires
là. Ce sont des histoires qu’il a envie de partager avec des gens. Ça peut être des grands classiques de la littérature comme ses histoires personnelles, sur son père, sa jeunesse, le sexe, le
couple. Là on est dans un film qui parle de son couple.
Vous qui le connaissiez bien, est-ce que vous partagiez la même vision de ce qu’est le métier de réalisateur, de scénariste, de producteur ? Vous avez ces trois
casquettes en commun.
J’ai beaucoup écouté, essayé d’apprendre et d’assimiler des choses qui étaient très naturelles chez Claude, ainsi que sa vision du cinéma, du métier. J’essaye d’être un raconteur d’histoires, de
croire dans les projets à fond, parce que le parcours est compliqué pour arriver au bout. On a intérêt d’avoir la conviction chevillée au corps. Il faut y croire. J’aime bien retenir cela de lui,
croire dans des projets et non pas faire des coups.
S’il n’avait pas été là, « Didier » ou « Astérix » n’auraient pas pu se monter ?
« Didier » aurait peut être pu se monter. Pour « Astérix », il faut être sérieusement gonflé pour partir dans des projets comme ça. Même si c’est un personnage qui a vendu des millions d’albums, il
faut les monter, convaincre tous ces gens qu’à partir de ce personnage de papier en 2D, Depardieu va faire un Obélix incroyable et qu’ils vont trouver la potion magique. C’est comme quand un
producteur ou un réalisateur se lance dans un truc un peu limite, tout le monde lui dit qu’il va se vautrer comme une merde. Parfois, on se vautre comme une merde. Parfois, on se dit : « Je le
sentais bien, j’avais envie de le voir », et finalement on est plusieurs à avoir envie de le voir.
« Trésor » va sortir. Qu’est-ce qui vous a plu dans ce scénario, qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer ce personnage là ?
C’est Claude Berri qui m’a donné envie. Yvan Attal devait faire le film mais il s’est bloqué le dos, il n’a pas pu faire le film. Claude m’a appelé un peu au dernier moment. Il m’a dit qu’ils ne
pouvaient pas retarder le tournage puisqu’ils avaient dressés des chiots pour faire Trésor petit. Après ils ont dressé des chiens moyens, puis des plus gros. Il n’était pas possible de décaler le
tournage de plusieurs mois. Il m’a demandé si j’avais envie de reprendre le rôle d’Yvan, qu’Yvan était d’accord. J’avais envie de tourner avec lui. Je n’avais tourné que deux journées dans « La
débandade ». Il m’a parlé du film, du scénario, de l’argument et du personnage.
Qu’est-ce que ça fait de jouer le personnage de Claude Berri, quasiment ?
C’est très bizarre. C’est plutôt marrant. Claude Berri portait des chemises de nuit que je porte dans le film. Il voulait absolument que je porte ces chemises de nuit, que je trouvais vraiment
ridicules au début. Je lui disais : « Ne me fais pas porter ce truc là, je ne sais même pas comment ça se porte ! ». Après, les porter était une manière de lui faire un vrai petit clin d’oeil. Je
ne sais pas, si Claude avait fait le film jusqu’au bout, si j’aurais porté ce truc là. J’aurais essayé de résister jusqu’au bout, en lui demandant un caleçon et un Tee-shirt. Il aurait réussi à me
convaincre de toute façon, et puis c’est le patron… C’est bizarre de vraiment rentrer dans ses pompes. Je ne joue pas Claude Berri mais presque. Je joue des situations qui sont arrivées à Claude et
à Nathalie.
Quand François Dupeyron a repris la continuité du tournage, avez-vous senti une cassure, est-ce un film dans le film ?
Il y a eu le choc de la disparition de Claude, mais il n’y a pas eu de cassure. François Dupeyron avait préparé le film avec Claude, il avait commencé le tournage avec lui, il était en double,
quand Claude suivait un traitement ou qu’il était fatigué. Quand il a repris le film, c’était naturel, même si ça ne devait pas être simple pour lui. Il ne nous l’a jamais fait sentir, c’était très
doux, la transition s’est effectuée de manière très douce.
Comment dirige François Dupeyron ? Vous avez connu de nombreux réals…
C’est toujours sympa de découvrir un nouveau réal ou un nouveau metteur en scène. Lui il dirige de manière très douce, il a un regard très intense et il sait ce qu’il veut. Par exemple, après une
scène avec Mathilde, il nous a fait : « Hum, je ne sais pas, c’était terne ». Il le dit gentiment, quand il n’y croit pas, ou quand il s’ennuie. Et quand je lui demande ce qu’il veut, il dit : « Je
ne sais pas, c’est peut être les places que je vous ai donné qui vous ennuient, vous voulez d’autres places ? ». Il cherche pourquoi on n’est pas à l’aise. Il nous demande comment on le ferait, en
oubliant les lumières et tout autour. Il met super à l’aise. Et à un moment, il dit : « C’est super, extra. Je ne vous dis pas ce que j’ai aimé, comme ça vous n’essaierez pas de le reproduire, mais
c’était extra. On en refait une plus étonnée, plus bizarre… ». Il donne des pistes, de manière très douce. Il aime les acteurs, et j’aimerais beaucoup rebosser avec lui, sur un projet à lui à
100%.
C’est la première fois que vous jouiez avec Mathilde Seigner. Comment est Mathilde sur un tournage ? Vous avez des choses en commun, ou des grosses différences
?
Ça fout le cafard à un acteur de parler de son jeu… Avec Mathilde Seigner, on partage un jeu instinctif. Elle ne parle pas 50 ans de la scène. Quand c’est « Moteur ! », on se lance. Il ne faut pas
trop qu’on réfléchisse. On s’est retrouvé là dessus. Elle écoute vraiment. C’est un plaisir, je l’adorais comme comédienne et c’est une partenaire extra, très généreuse et sensible, tout ça bien
caché derrière Mathilde Seigner, qui a beaucoup de pudeur. Elle a cette politesse de cacher sa sensibilité sous son côté « je la ramène, je dis ce que je pense, je mets l’ambiance, je dis des
conneries, je ne travaille pas… ». Il y a un peu de vrai. C’est une nana extra.
Vos autres partenaires sont les chiens, parce qu’il y en avait plusieurs. On dit toujours que tourner avec des animaux, c’est compliqué. Comment ça s’est passé avec
ces chiens là, pour vous qui connaissez les animaux, puisque vous avez fait « Didier » ?
J’aime bien tourner avec les animaux, c’est super. On a travaillé avec Patrick Pittavino, le meilleur dresseur du monde. C’est extra. Les chiens sont beaux, sympas, pas mécanisés, ils gardent leur
caractère et leur côté imprévisible. Il se passe des choses avec lesquelles tu peux jouer. En même temps, quand le chien doit aller de là à là et renifler là, le dresseur arrive à faire en sorte
qu’à « Action ! », le chien le fasse. C’est un métier. J’adore. Il y a de la vie, il peut se passer des accidents. Ce qui me plait beaucoup dans les films de Claude Berri, c’est que la vie se
glisse dedans, avec des moments de vie incroyables. J’ai l’impression qu’il cherchait tout le temps à mettre un petit accident pour que ça ne soit pas mécanique. C’est aussi ce que Dupeyron cherche
avec sa façon un peu étrange de diriger. Il cherche un peu l’accident. J’aime bien ça.
J’ai l’impression que le message sous-jacent du film, c’est qu’il vaut mieux éviter d’offrir des cadeaux un peu « originaux » à sa dulcinée. Vous voyez le film comme ça ?
Je le vois plus comme un couple qui s’aime et qui a envie de se battre pour sauver leur couple, plutôt que d’abandonner, ou de penser à se barrer, se séparer ou prendre une maitresse. C’est un
couple, il s’aime d’amour. C’est incompatible avec ce clébard mais ils y arrivent. Mais c’est mieux de réfléchir avant d’offrir ce genre de cadeau.
Le cadeau que vous nous promettez depuis quelques années, c’est « Marsupilami ». Où en êtes-vous de ce projet ?
J’avance. Ça devient une blague mais j’ai trouvé mon petit animal. Mon vrai petit marsu, qu’on est en train de dresser parce qu’il est petit. J’ai écrit une histoire qui me plait. J’ai hâte de
tourner maintenant. J’espère l’été prochain. Ça se prépare comme ça. Je suis chaud bouillant, et je crois que ça sera bien.
Merci beaucoup Alain.
De rien.
Interview réalisée par Franck Peltier
A lire et à voir en cliquant sur les liens suivants :
Interview de François Dupeyron co-réalisateur du film "Trésor"
Interview de Mathilde Seigner pour le film "Trésor"
Trésor : Alain Chabat a remplacé Yvan Attal à la dernière minute
Interview de Nathalie Rheims pour le film "Trésor"
Mathilde Seigner parle du film "Trésor"
Trésor : Film Annonce