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Bonjour Anne Parillaud.

Bonjour.


Pourquoi avez-vous choisi « Dans ton sommeil » ? Qu’est-ce qui vous a fait basculer dans le désir de faire ce film là ?

Il y a plusieurs choses. C’est un film au sujet particulier, dans un genre particulier qui existe très peu en France. C’est un mix de thriller d’angoisse et de film de genre. C’est un style qui n’existe pas en France. Quand il existe, il vous tombe des mains parce qu’il est totalement peu crédible, ridicule, absurde, l’histoire ne tient pas… J’ai trouvé que dans ce scénario là, il y avait une écriture extrêmement précise, sur laquelle tout le mystère et toute l’angoisse existaient, jusqu’au bout. On ne pouvait pas imaginer comment allait se développer le film. Le film n’était absolument pas attendu. C’est très important dans ce genre de film, si on a tout compris du scénario à la première image, l’intrigue n’existe pas. J’aime aussi le fait qu’à travers ça, il y ait un vrai sujet d’auteur. Dans le film d’angoisse pure, il y a une gratuité qui ne m’intéresse pas. Quelque soit le genre, je n’aime pas trop la gratuité dans les films, il faut toujours qu’il y ait une projection humaine. C’est important pour moi en tant que spectatrice et en tant qu’actrice. Ceci est donné grâce à un sentiment ou à un thème. Dans le cas de « Dans ton sommeil », il y a pour moi le thème de l’amour en général, et de l’amour filial en particulier.


Vous avez joué dans des grosses productions, avec beaucoup d’argent. Là c’est une production qui n’a pas beaucoup d’argent. C’est la même chose pour vous, de tourner sur un film qui a beaucoup de moyens et un autre qui n’en a pas beaucoup ?


Ça ne change pas les choses essentielles, ça change sur la forme. Le fond, c’est le personnage, le film, la relation entre le metteur en scène et moi en tant qu’actrice. Ce sont des éléments qui ne changent pas, à part qu’on a plus de prises et plus de temps pour faire les scènes quand on a plus d’argent. Ça joue sur le résultat, et encore… Un travail dans l’urgence, dans un état de survie, d’excitation et d’adrénaline peut parfois générer de la création, de l’invention, de l’imagination et des choses accidentelles qui n’arriveraient pas sur une grosse production. En revanche, dans la forme, il est évident qu’au niveau du confort, du temps… Les caravanes, les hôtels, c’est quelque chose qu’on apprécie mais pour moi ce n’est pas l’essentiel. Je préfère vivre sous une tente mais avoir autant de prises que je veux et qu’on puisse préparer la scène. Je dirais que la différence se joue essentiellement entre l’Europe et l’Amérique, plus qu’entre un petit film et un gros film européen. En Amérique, la différence au niveau financière est énorme et on passe dans un autre monde. Tout se joue sur le confort de l’acteur. En France, la personne la plus importante est le metteur en scène. En Amérique, la personne la plus importante c’est l’acteur. Ils estiment que ce sont les acteurs qu’on voit à l’écran qui sont les médiateurs et qui font passer les émotions et les sentiments. Ils font tout pour que les acteurs soient dans un confort moral et physique, pour qu’il n’y ait aucun problème. Ça crée une autre ambiance, une autre atmosphère, une autre méthode de travail. Beaucoup ou pas beaucoup d’argent sur un film européen, je ne vois pas trop la différence.


Quels sont vos projets ?

Je viens de terminer un film que j’ai fait pour France 2, qui s’appelle « la Marquise des Ombres », un film adapté du roman de Catherine Hermary-Vieille. C’est l’histoire de La Brinvilliers, ce personnage monstrueux qui a empoisonné son père et ses deux frères sous Louis XIV. C’est un projet sur lequel je travaille depuis 10 ans, que j’ai initié et sur lequel je suis coproductrice. C’est un sujet et un thème qui me bouleversaient, qui est l’autopsie du monstre : comment la société fabrique ces monstres ? Et de démontrer que, dans ce cas particulier, le défi était d’amener ce personnage dite de « salope » à une certaine sainteté, à une position de victime. Ce défi est quelque chose qui m’habite complètement parce qu’il a trait au jugement, un thème qui me plait, qui touche au fait qu’on étudie le parcours et le destin d’un individu comme une plaidoirie. J’avais envie en tant qu’actrice de refaire la plaidoirie de ce personnage et de démontrer d’une manière mathématique que les actes qu’a fait ce personnage ne correspondaient pas à ce qu’était cet être humain. La responsabilité de revisiter l’histoire d’un personnage qui a existé est quelque chose qui m’a profondément émue et qui m’a perturbée. Je me suis demandée jusqu’à quel point, puisqu’on ne connait pas d’où on vient et où on va, on ne sait pas où est cette personne. On ne sait pas d’où elle vient, si elle existe sous une autre forme… Pendant le tournage, j’ai eu des moments où je me suis dit : « De quel droit pouvons nous la déterrer ?». J’ai voulu refaire le parcours de cette femme, je veux qu’on la rejuge différemment. Peut être que si elle en avait eu les moyens elle aurait dit qu’elle ne voulait pas qu’on s’intéresse à son cas, qu’elle avait été jugée et condamnée, qu’on lui avait coupé la tête et qu’il fallait la laisser en paix. En même temps, cela m’a animé de dire que je m’approchais d’elle comme une soeur, comme quelqu’un qui a beaucoup d’amour pour elle, et qui veut qu’on ré-inspecte son histoire. J’ai incarné ce personnage avec cette passion et ce désir de justice.


Merci Anne Parillaud.

Merci.


Interview réalisée par D.P
Mardi 16 mars 2010 2 16 /03 /Mars /2010 07:26
- Publié dans : Interview - Par Aanil - Ecrire un commentaire
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