Copyright Regine Abadia
Comment est née l’idée de votre roman Coco & Igor ?
J’ai vu une photographie de Chanel et Stravinsky, ensemble. Drôle de couple, ai-je pensé. J’ai fait des recherches. Il s’est avéré qu’ils ont eu des destins parallèles. Stravinsky est mort à 88
ans, Chanel à 87. Cela m’a frappé à cause des 88 touches du piano. Il y avait aussi un parallèle des sens - musique et parfum - et des motifs noir et blanc – du piano, et des modèles de CHANEL.
C’est ce parallélisme de leurs vies, leur rencontre à mi-chemin, et l’influence qu’ils ont eue l’un sur l’autre, avant de poursuivre leur route, qui a donné naissance au roman.
À partir de là, comment avez-vous mené l’enquête ?
J’ai lu tout ce que je pouvais sur Chanel et Stravinsky, mais aussi sur Misia Sert et Diaghilev, une autre paire au destin étrangement parallèle. Cela m’a pris du temps. J’ai découvert que Chanel,
par un heureux hasard, avait assisté à la première du Sacre du Printemps au Théâtre des Champs-Élysées, en 1913. C’était son premier concert de musique classique. Elle y fut invitée par sa
professeur de danse, Caryathis, une femme grecque. Von Recklinghausen, le riche amant allemand de Caryathis et son ami, l’acteur français Charles Dullin, les accompagnaient. Sept ans plus tard,
Chanel a invité, dans sa villa Bel Respiro, ce nouvel exilé appauvri qu’était Stravinsky, avec sa femme et ses quatre enfants. Là, la couturière et le compositeur ont eu une brève mais intense
aventure. Robert Craft et Steven Walsh, les biographes de Stravinsky, l’attestent, ainsi que Paul Morand, un confident de Chanel.
Quels éléments étaient donnés comme faits historiques lorsque vous avez commencé à écrire le roman ?
Que Chanel avait assisté à la première du Sacre en 1913, que Stravinsky avait vécu dans sa maison, avec sa femme et ses quatre enfants, en 1920-1921, que la « naissance » du N°5 de CHANEL date de
1920-1921, que, bien que nés à un an d’écart, ils sont morts la même année, que Chanel a financé la reprise du Sacre en 1920-1921 et continué à promouvoir la musique de Stravinsky encore de
nombreuses années après.
Quelle découverte inédite avez-vous fait au cours de vos recherches ?
Toute l’information était accessible, mais personne n’avait encore fait le lien entre leurs destins parallèles et le fait que le N°5 de CHANEL coïncide avec le deuxième Sacre du Printemps en
1920-1921, c’est-à-dire l’époque où ils vivaient ensemble. La découverte principale était là.
Avez-vous alors beaucoup usé de votre imagination ?
À part les faits cités plus haut, il existe très peu d’information sur leur relation, aucune lettre, ni correspondance ne leur a survécu, où sontils allés, qu’ont-ils fait? Je n’étais donc en
mesure d’utiliser que les faits essentiels. En effet, pour le reste, j’ai dû inventer, imaginer.
Qu’avez-vous appris au cours de l’écriture ?
J’ai pris conscience de la nécessité d’une structure forte. Le roman est construit en 32 chapitres et reflète la construction des Variations Goldberg de Bach, avec une première et dernière partie
similaires. La première et la dernière partie sont au passé, alors que les 30 chapitres du milieu sont au présent. Cela m’a permis de rendre l’histoire vivante et donner le sentiment que cela se
passe maintenant. C’était une façon de la rendre moins rigide, moins momifiée.
Pour vous, de quoi cette passion était faite ?
De la rencontre artistique et créative de deux esprits. À ce momentlà, Chanel souffrait de la mort de Boy Capel, Stravinsky de la maladie de sa femme, la tuberculose. Ils avaient tous deux besoin
d’amour pour s’affirmer.
Êtes-vous convaincu qu’aussi bien le N°5 de CHANEL que le Sacre du Printemps sont imprégnés de leur liaison ?
Le Sacre est antérieur à leur rencontre, mais les révisions de 1920 portent certainement la marque de leur passion. Le N°5 de CHANEL a sûrement beaucoup à voir avec deux oeuvres de Stravinsky: Cinq
Pièces Faciles – jouée pour la première fois en 1919 - et Les Cinq Doigts, écrite probablement dans la villa de Chanel, en 1920. La bouteille elle-même est, bien évidemment, un témoignage du
cubisme et du monde des Modernes. Stravinsky était un ami intime de Picasso, et Chanel a complété le triangle, ou plutôt le cube !
Votre roman est devenu le film de Jan Kounen. Vous en avez également écrit le scénario. Repenser cette incroyable histoire d’amour pour le cinéma vous a-t-il apporté un éclairage nouveau
?
Oui, car ce parallélisme devait alors être sous-entendu ou suggéré plutôt que frontalement exposé ou développé; et l’information transmise visuellement plutôt que par la description ou le dialogue.
Il y avait aussi un travail de distillation car il n’y avait pas assez de temps, ni d’espace dans le film pour tout raconter. Jan a été fantastique pour déceler les éléments essentiels et ceux à
sacrifier.
Maintenant que votre intuition de départ s’est matérialisée dans le film, est-ce que cela rend votre histoire encore plus réelle ?
Cela lui donne toute la force du visuel, qui je l’espère restera. Cela confère également à la villa une présence très forte et fait d’elle un personnage à part entière. Mais j’espère aussi que
c’est une histoire d’amour convaincante en soi, qui possède un attrait universel autre que l’intérêt spécifique pour deux figures historiques.
(Source : Dossier de presse)
A voir en cliquant sur les liens suivants :
Coco Chanel & Igor Stravinsky : Anna Mouglalis, Mads
Mikkelsen et Jan Kounen
Making of "Coco Chanel & Igor Stravinsky" avec Jan Kounen
et Mads Mikkelsen
Coco Chanel & Igor Stravinsky : Extraits vidéos
Dimanche 3 janvier 2010
7
03
/01
/Jan
/2010
09:07
-
Publié dans : Interview
-
Par Aanil
2