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La Ferme Célébrités en Afrique

Bonjour Christian Clavier.

Bonjour.


Le 2 décembre sort La Sainte Victoire le 2ème film de François Favrat. C’est un film qui parle des relations au départ plutôt amicales et ensuite très conflictuelles entre deux hommes, vous jouez un des deux hommes, qui est ce personnage que vous incarner dans le film ?


Je ne sais pas si les relations sont si amicales que ça au départ. Je pense qu’elles sont guidées par l’intérêt, puisque moi j’incarne un député qui cherche à prendre la mairie d’Aix en Provence mais qui n’a pas beaucoup de chance au début du film, mais qui est quand même un homme qui représente un certain pouvoir, ou qui va en avoir si jamais il prend la mairie. Et qui rencontre Clovis Cornillac ou plutôt Xavier, le personnage qu’il incarne, qui est un garçon qui vient des banlieues, qui est devenu architecte d’intérieur ou en tout cas il le prétend. Il a un projet tout à fait valable pour la ville à vendre, mais n’a pas le réseau qu’il faut et se dit qu’en aidant cet outsider, en communiquant pour lui parce qu’il n’a pas le look qu’il faut et n’est pas dans le mood qu’il faudrait, pour arriver à prendre la mairie. Et puis même pourquoi pas l’aider un peu plus en tombant sur deux trois éléments qui pourraient l’aider… est ce qu’en échange de cela il ne va pas en tirer un certain type de profit ? Et en même temps, la fille du député tombe amoureuse de lui, lui peut-être tombera amoureux d’elle plus tard. On parle sur une histoire qui parle de pouvoir, comme toujours, quelqu’un qui a quelque chose à donner et quelqu’un qui aurait quelque chose à apporter qui voudrait bien qu’il y ait un échange là dedans. Alors, ça part sur des relations apparemment très amicales qui vont devenir très conflictuelles puisque les intérêts vont diverger, une fois que mon personnage aura pris la mairie. Donc nous sommes dans un thriller politique qui est intéressant car il y a une forme de banalité dans les rapports au départ et puis cela devient de plus en plus dangereux et complexe ensuite. Cela fait parler de ce que représente la réussite et le pouvoir mais là en l’occurrence, la réussite amène une forme de pouvoir, en tout cas elle en amène toujours entre les gens. Le film est assez intelligemment fait parce qu’il n’est pas manichéen, il est complexe sur les personnages et que l’amitié et les relations cachent beaucoup d’intérêt, comme dans la vie derrière, c’est ce qui m’a plus, d’interpréter des gens qui soient des vrais gens et pas simplement des clichés.


Et le fait que ce soit un personnage qui est très humain est-ce que ça a aussi beaucoup pesé dans la balance pour accepter le rôle ?


Je ne sais pas s’il est très humain. Tout personnage d’homme est humain, je ne suis pas sûr que ce soit le terme qui le définisse le mieux, il a des convictions, des valeurs, il est dans un milieu très dur, très difficile, il prend le pouvoir, et ses valeurs sont confrontées au principe de réalité. Parallèlement à ça c’est un homme bien, donc il a de l’humanité, je ne suis pas sûr qu’on le définisse pour très humain et l’autre pas très humain. Je dirais que ce sont des gens avec des tas de qualités, des gens qu’on rencontre ou qu’on pourrait rencontrer et qui se transforment au fur et à mesure des épreuves de l’existence, en bien ou en mal, donc au début ils s’apprécient, on peut supposer qu’ils arrivent a avoir de l’amitié ou a s’aimer et a la fin ils vont se détester et se trahir, c’est donc intéressant.


Quels hommes politique existant pourraient se cacher derrière votre personnage ?


Je ne crois pas qu’il y ait de clé là-dessus et il ne faut pas en chercher, ça n’a pas d’intérêt, ce n’est pas comme ça que l’a écrit François Favrat. Là en l’occurrence il prend un député de gauche qui essaie de prendre la mairie d’Aix en Provence à droite, qui y réussit et qui après va devenir le porte parole d’une candidate à la présidentielle, mais ça n’a rien à voir avec le parcours de Ségolène Royale ou de ……. Il ne faut pas chercher ce type de clés là car ça serait décevant de vendre ça là-dessus. C’est plus intéressant que cela je trouve, ca n’est pas un film d’actualité politique, c’est un thriller politique sur le monde du pouvoir, de la politique. Vous savez très bien qu’un maire dans une ville à énormément de pouvoir, les choses sont très centralisées sur l’Etat, sur les collectivités locales, sur le pouvoir politique depuis la révolution française, donc évidemment, il y a des marchés, des tractations, de l’argent en cours et des possibilités de trébucher.


Est-ce que votre personnage ne renvoie pas au métier d’acteur, parce qu’on voit au début qu’il n’a pas le look de l’emploi, il a un coach… y a-t-il un lien entre ce personnage politique et puis le métier d’acteur ?


Je ne crois pas du tout, je crois que cela facilite le récit. Je ne crois pas que les politiques se préparent de cette manière là. Je n’y crois pas, je pense que c’est un cliché. Mais c’est cinématographique de le faire comme ça, on l’a vu dans plein de film américain avec le coach qui apprend à parler, à regarder droit dans les yeux. Mais c’est bien pour raconter les histoires, c’est pour ça que ce film là est intéressant, c’est une fiction, une fois que nous avons posé ça, ce qui se passe entre les personnages est plus intéressant que cette cuisine là. Qui est une cuisine amusante au niveau d’un film d’après ce que je connais, je ne connais pas tous le monde et tout du milieu politique, je ne crois pas que ça se passe comme cela.


Ce n’est pas le style de film dans lequel on a l’habitude de vous voir, effectivement vous parlez plutôt de thriller politique c’est vrai qu’on vous voit plutôt dans des comédies. Qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’aller vers un registre un peu différent cette fois-ci ?


J’en ai fait plein de registre différent depuis que j’ai fait les Tenardiers dans les Misérables quand les scénarios sont bien. J’avais beaucoup aimé le 1er film de François Favrat j’ai lu son scénario, j’ai été très intéressé qu’il vienne me chercher. C’est lui qui est venu me chercher, donc posez lui la question plus a lui qu’a moi, j’ai lu le rôle, je trouvais ça intéressant, je me suis dis : « il me voit dedans, il pense que je peut être crédible dedans, bien allons-y apportons avec le plus de générosité possible ce que je peux apporter à ce film», voilà, je n’ai pas de point de vue autre quand on me propose des choses, ça me plait je le fais quel que soit le genre. Il ne faut pas confondre avec les films que j’ai écris. Maintenant si moi j’écris un film, j’ai un goût pour l’écriture de la comédie fondamentalement, mais en tant qu’acteur, je suis ravie d’interpréter plein de choses différentes.


C’est la première fois que vous jouiez avec Clovis Cornillac, comment est-il en tant qu’acteur, est-ce qu’il renvoi ?

Il est très habile, c’est un acteur qui a fait énormément de théâtre, il est très fort, il a beaucoup de technique, il a énormément joué, joué beaucoup de pièces, de films, il est très charmant, très sympathique, c’est vraiment très agréable de travailler avec lui. Ca se passe très vite très très bien, mais cette formation d’acteur de théâtre est une chose tout à fait unique que je ressens moi-même un acteur qui a commencé par ça et qui a été formé pour le théâtre, qui aime le théâtre et qui en fait encore, je crois qu’il y a une facilité de jeu avec les acteurs ou les actrices qui ont se type de formation là qui est souvent plus simple et plus rapide qu’avec les autres.


C'est-à-dire qu’un acteur ne vous renvoi pas exactement la même chose ou alors il va faire des petites micro-différences entre chaque prise, et ça pour vous c’est important aussi ?

Oui, je crois que c’est bien de laisser aller son imagination en écoutant l’autre, c’est en écoutant l’autre qu’on joue en fait le plus, c’est presque autant si ce n’est un peu plus en écoutant qu’en disant son texte, enfin il y a les deux donc évidemment le jeu de l’un déteint sur l’autre et réciproquement.


Est—ce qu’avec Clovis vous avez un peu le même sens du métier j’ai envie de dire, les mêmes exigences en terme d’acteur, vous en avez parlé de ça ou pas ?


Ca je ne sais pas du tout, j’en ai pas parlé avec lui, il me semble que…qu’en tout cas, on s’entend très bien sur la manière de le faire…on est de deux générations différentes, je ne sais pas si il a les mêmes euh…moi je pense que oui mais il faut lui poser la question…on n’en a jamais parlé, les choses se sont faites intuitivement, quand ça se passe bien avec les acteurs on n’a pas besoin de se raconter notre vie de long en large. Ca marche, ça roule, c’est ça que l’on nous demande toute la journée. Et puis le soir, on est content, on apprend son texte pour le lendemain et on est content de se retrouver le lendemain. Après on voit le résultat du film et on se dit que ben finalement, la sensation que j’avais sur le tournage n’était pas mauvaise, le truc tient la route, c’est bien ! C’est ça le rapport des acteurs, c’est très superficiel et en même temps très profond. Très superficiel parce que très peu de chose sont exprimées à moins de faire 10 films ensemble et devenir des amis profondément si vous voulez ! Mais quand on se rencontre pour la première fois, après bon j’ai beaucoup d’affection pour lui, mais ça c’est après, à la fin du film. Au début ça marche ou ça ne marche pas ! Voilà ! Avec lui ça a marché, c’est bien !


Et là j’ai l’impression que c’est assez rare de vous voir avec une fille à l’écran, en fait c’est quelque chose d’inhabituelle, non ?


Non, non dans "Le prix à payer" j’avais une fille ! Je suis très heureux de ça car ça me fait jouer des rôles de ménage et puis je suis tout à fait heureux de ça. En plus ma fille dedans et très très bonne actrice, elle a un rôle beaucoup plus développé que dans un prix à payer. Mais ça me fait plaisir car j’ai l’impression que l’on me redécouvre à chaque fois !


Sinon vous avez pleins de facettes, c’est ça en fait surtout ?


Non c’est parce que j’en ai fait pas mal quoi, le prix à payer avec Nathalie Baye était un plaisir de jeu avec Lanvin et Nathalie. Et c’était déjà un homme parfaitement installé, un chef d’entreprise avec une fille qui avait 14 ans avec des problèmes de couple avec sa femme, etc. Une très jolie écriture d’Alexandra Leclerc, c’était complètement différent de ce que j’avais fait. Le film à d’ailleurs je crois très bien marcher, enfin je suis sûr qu’il a bien marché mais il a admirablement marché en passant à la télé l’autre jour. C’était amusant d’arriver à amener des choses même un peu provocantes mais ça c’est parce que l’on commence à me donner des rôles de ma génération quoi, c’est vraiment bien ! Et je suis très content et en plus d’avoir une fille comme Vimala, c’est une jeune actrice que vous allez découvrir mais qui a une capacité d’émotion extraordinaire !


Alors comment dirige François Favrat parce que c’est effectivement son deuxième film, on peut dire qu’il est assez neuf dans le cinéma et vous qui êtes effectivement rompu à l’art du cinéma, de la comédie, etc. Comment est-ce que vous l’avez vu travailler ?

Je trouve qu’il est très exigeant sur les prises et sur le jeu ! Il est très intéressé au jeu des acteurs : alors il est très intéressé à ses plans, à ses cadres, il est un bon monteur mais il a un vrai sens du jeu des acteurs, c’est ce que j’avais remarqué. Sur son premier film j’avais trouvé Agnès Jaoui et Karine Viard vraiment très très bonnes. On n’est pas toujours bons en tout ! Ce sont de très bonnes actrices mais il faut avoir un bon texte et quelqu’un qui vous dirige bien ! Il est intéressé aux jeux des acteurs, alors ça c’est bien. Ce type de film là, souvent « pâtissent » d’un manque d’expérience sur ce que sont vraiment les acteurs et sur ce que l’on peut tirer d’eux. C’était la grande force de Sautet, un immense directeur d’acteur et qui donc pouvait faire des films avec ses sujets sérieux, sans jamais ennuyé car le détail du jeu amène une forme de vie et de charme qui font que les choses à message entre guillemet ou un peu plus profondes arrivent à passer sans ennuyer. Et c’est vraiment la qualité de Favrat ! Ce que j’avais trouvé dans son premier film et ce que j’ai été très content de trouver dans celui-là ! C'est-à-dire que vraiment, c’est ça que j’ai le plus envie de dire aux gens, c’est que vous n’allez pas vous emmerder ! Parce que le drame de notre cinéma français c’est que dès qu’un film est très bien reçu, les gens se disent : "Mon dieu que l’on va s’ennuyer !" Très bien reçu par les médias par exemple, hein ? Je caricature mais ce n’est pas très très loin d’être la vérité ! Donc il faut faire attention car ce n’est pas ça du tout ! Il y avait les mêmes types de qualité que chez Sautet quand il faisait par exemple "Vincent, François" c’est peut-être une comédie mais quel plaisir de voir jouer les acteurs ! Et bien là il y a du plaisir à les voir jouer, pas que Clovis et moi mais Vimala, Michel Aumont, Sami Bouajila, Valérie Benguigui, ils sont tous très très bien parce qu’il les dirige très très bien ! Donc le film est plaisant à voir, voilà ! Quelque soit le sujet, c’est une fiction et il sait faire travailler les gens dans une fiction, il aime le cinéma, c’est un cinéaste, voilà. C’est ça qui est intéressant pour moi !


La question cruciale du film est qu’est-ce que l’on est prêt à perdre pour gagner autre chose derrière, vous vous répondrez quoi à cette question ?

Si vous voulez la question du film est intéressante parce qu’il y a dans cette question quelque chose qui fait qu’évidement la vie va vous faire perdre énormément de vos illusions mais tant mieux !


Et vous d’un point de vue professionnel ou personnel vous auriez une réponse à apporter à cette question là ?

…Qu’est ce que vous êtes prêt à perdre pour réussir ? Mais je crois qu’il est indispensable d’avoir de l’ambition si vous ne voulez pas réussir, donc si vous n’acceptez pas de perdre, il ne vous arrivera jamais rien.


… Ca sent des anecdotes là ?

Non mais pas du tout… je ne sais pas mais c’est la phrase un peu vulgaire mais tellement provocante de Mick Jagger qui dit : "Quand on ne veut pas se faire baiser, on ne fait pas l’amour" ! Je ne sais pas comment vous dire… c’est intéressant parce que je trouve qu’il pose cette question là parce que tous les personnages de ce film vont être différents après leur histoire, c’est leur vie, c’est ça qui fait que la vie est passionnante sinon si vous devez rester dans la pureté entre guillemet de vos jeunes années, n’hésitez pas, rentrez au couvent.


Donc là en ce moment vous êtes au théâtre, est-ce que les places de cinémas vous manquent ou pas ?


… Ah non pas du tout ! Avoir 1000 personnes tous les soirs qui réagissent comme ils réagissent… je dirais même que tout le plateau de cinéma parait fade ou alors il faut se retrouver vraiment dans une très très grosse production.


Merci Christian Clavier et au revoir !


Interview réalisée par Franck Peltier


Dimanche 29 novembre 2009 7 29 /11 /2009 00:49
- Publié dans : Interview - Par Aanil - Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire
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