Copyright Nancy Coste
Bonjour Fiona
Bonjour.
C’est une grande première cet album !
Absolument. C’est mon bébé.
Cela date de combien de temps ?
J’ai eu l’idée du titre « Passeport » en 1986, quand j’étais au Maroc avec Mireille Darc. Ensuite, j’ai enregistré il y a trois ans à Nantes. Je ne voulais pas enregistrer à Paris, je voulais être
à la campagne avec mes musiciens. J’avais envie d’être à Nantes par rapport à Barbara, dont je suis fan. Je voulais qu’on soit tous à la campagne pendant 1 mois et demi, enfermés comme une famille,
loin du stress de Paris.
Ces chansons existaient déjà donc ?
Le titre « Passeport » oui. J’ai toujours voulu faire un triptyque, il y a eu le livre, il y a huit ans, « Retour d’errance », maintenant l’album « Passeport », et bientôt je l’espère, le one woman
show poétique.
Il faut dire que le déclencheur de tout ça, ce sont des poèmes, l’écriture a conduit à la musique ?
Oui. On m’a souvent proposé de chanter. Mais chanter est un vrai métier. Je m’en rends compte depuis trois ans. Moi je suis comédienne et actrice mais chanter, c’est un autre métier. Finalement,
après le bouquin, j’ai rencontré Patrick Dupont, un bassiste qui a travaillé pas mal de temps avec Florent Pagny. Il m’a dit qu’avec ma voix, il fallait que je chante. Je me suis fait plaisir. Il
m’a présenté un auteur qui s’appelle Sylvain Morillon. Je lui ai dit que j’avais écrit trois poèmes, « Mes absents », « Passeport », et « Bistrot parisien » qui est venu après. Je lui ai dit «
Voilà le concept, le titre, ce que je veux dire » et je lui ai demandé de se lâcher. Deux semaines plus tard, il arrivait avec l’album fini.
Il faut dire que cet album est une parabole de votre vie, que chaque chanson est connotée sur une étape de votre vie.
Complètement, c’est autobiographique. Mais je pense que beaucoup de femmes vont s’y reconnaître, les femmes et les gens simples. Quand on me dit, « Fiona Gelin, vous faites un disque, encore une
actrice qui fait un disque », je dis « Non, moi je suis une chanteuse réaliste, une poétesse de la société actuelle ». Je chante les démons, les douceurs et les douleurs des autres, parce que je
les ressens bien.
Est-ce qu’il y a une idée de thérapie ?
Non ma thérapie je l’ai faite avec le livre. Là, si Fiona Gelin revient, c’est la vraie Fiona.
Qu’est-ce qui s’est passé avant pour justifier ça ? Quelque chose vous a empêché d’être vous-même ?
Non, je pense que j’étais trop fragile pour ce métier. Mal entourée. J’aimais trop la vie. Je me rends compte que le métier d’artiste est une philosophie de vivre. Maintenant tout le monde dit « Je
vais être comédien » mais ils ne se rendent pas compte du boulot que c’est. Surtout quand tu ne travailles pas et que tu attends. Je me suis rendue compte un peu tard des efforts que j’aurais dû
faire mais j’ai beaucoup vécu et maintenant je me sers de mes bagages pour raconter ma bohème et mes instants de vie. C’est pour ça que j’écris dans les bars populos.
C’est dangereux aussi le métier de comédien, quand on va puiser en soi des choses ?
Le métier de comédien est extrêmement dangereux, surtout maintenant. Ce qu’on voit maintenant à la télé, la téléréalité, c’est manoeuvré par des cons, il faut bien le dire. Il n’y a pas
d’intelligence à la télé. Avant, on avait moins d’information mais on avait des bonnes informations. Je trouve que maintenant la télé est devenue dangereuse. Avant, tu avais Pollack, des supers
émissions. Il en reste quelques unes … Mais il ne faut pas oublier que ce sont aussi les jeunes qui regardent la télé. Quand tu vois les émissions pour les jeunes, tu te dis que tu vas punir ton
fils et éteindre la télé ! C’est dommage parce que c’est un outil extraordinaire et je trouve qu’on ne s’en sert pas à bon escient.
La comédie est liée à ça, il y a eu une transformation du métier de comédien, il y a des stéréotypes maintenant non ?
Non, il y a des comédiens Kleenex. Il y a aussi de vrais comédiens qu’on ne connait pas bien. C’est comme les gens qui font du théâtre, il devrait y avoir plus de magazines sur les gens qui font du
théâtre, ou même les gens de la synchro. La synchro est un vrai métier, mais il n’y a aucun magazine dessus.
Revenons sur cet album. On peut apprendre sur vos étapes de vie, au fur et à mesure des titres, quand on écoute cet album. Qu’avez-vous envie de dire de chaque
titre, une piste, un sous titre, en une ou deux phrases, pour caractériser chaque chanson ? « Destination » ?
A chaque fois qu’on est dans le gouffre, il faut recommencer, et se dire qu’il y a autre chose.
« Recommencer » ?
Il faut toujours recommencer. A chaque fois qu’on se plante, il faut se dire que quelque chose va nous arriver, qu’on va y arriver. Même quand on s’engueule avec sa femme, le lendemain on se dit
qu’il faut recommencer et lui dire « je t’aime ».
« Et on devrait quelques fois » ?
J’ai peur de dire ça, mon pianiste Dario va m’engueuler… C’est une chanson un peu mitigée sur le cinéma et sur les auteurs. C’est une chanson sur le cinoche, sur les instants de vie.
« Passeport », qui est aussi le titre de l’album ?
C’est la première chanson que j’ai écrite, c’est une aventurière, l’identité de plusieurs femmes, aventurières de la vie et de l’amour, le voyage.
« Si c’était moi », un duo ?
Un duo. Je m’occupais des SDF de Valenciennes depuis 4-5 ans avec un monsieur qui s’appelle Jean Paul Frécher. Ça galérait grave. Grosses galères. J’ai eu la chance de rencontrer Olivia Cattan, la
directrice de « Paroles de femmes », qui m’a demandé d’être la marraine de « SDF, femmes, enfants ». J’ai offert ma chanson, l’hymne du site, qui est sur les SDF. C’est un duo que j’ai fait avec
mon pianiste, parce que j’ai appelé plusieurs personnes qui m’ont dit non.
« Mon chef d’oeuvre » ?
C’est mon fils.
« Au fond du couloir » ?
C’est la toute première chanson, que Patrick Dupont m’a faite. Il était bassiste de Jonas à l’époque. « Au fond du couloir », c’est quand je suis sortie de l’hôpital psychiatrique. Le livre est
basé sur l’errance et l’enfermement, et la manière dont il faut changer ses enfermements. C’est la première chanson que j’ai demandée et que j’ai faite. Je ne l’ai pas sortie tout de suite, parce
qu’elle est assez conséquente. C’est la première chanson qu’on fait sur la psychiatrie. A Saint Anne et à Montevideo, ils l’adorent.
Dans l’écriture, il y a cette volonté d’aller à l’essentiel, il y a une simplicité.
Il y a une vraie lucidité. J’ai un auteur qui arrive de loin, quand je l’ai rencontré il venait d’être papa, il vient de banlieue. On n’a pas fait du superficiel. J’ai de la chance, si celui-ci
marche, je suis déjà dans le deuxième. Ce sont des paroles que les gens ont envie d’entendre quand ils prennent leur bagnole le matin pour aller bosser, dans les embouteillages. Il faut peut être
que je rajoute un peu de ukulélé. C’est ça.
Ensuite, nous avons « L’un et l’autre », avec une ambiance africaine.
Oui j’adore l’Afrique. J’ai pris un choriste sénégalais. « L’un et l’autre » est une histoire d’amour ; les femmes l’aime beaucoup. J’ai eu beaucoup de mal à l’apprendre parce que chaque refrain
est différent. C’est une histoire qui dit que même quand on est trois, on n’arrive pas a être deux ou un. C’est l’histoire de l’âme soeur.
« Mes absents » ?
J’ai écrit cette chanson, avec l’aide de Sylvain, quand mon père est mort. Au départ, dans le livre, ça s’appelait « Mes absents célestes », je parlais de Coluche, de Barbara, de ma meilleure amie,
de plusieurs potes qui sont partis. En fait, je vis beaucoup avec les gens de là haut. Mes morts me portent.
Il y a quelque chose de mystique dans cet album non ?
Je suis mystique grave moi. Je suis mystique à fond, et encore je me calme. J’aime ce qui est spirituel, papa l’était. J’ai été totalement élevée par les douleurs et les joies de papa, ça ressort
comme ça.
On a l’impression qu’il est vraiment la pierre angulaire de beaucoup de choses. C’est lui qui disait de vous que vous étiez « amoureuse de l’amour » ?
Oui, il disait aussi que j’étais une Ferrari sans volant. Violent non ? Il n’avait pas tort à l’époque. Maintenant j’ai le volant. Mais papa m’a formé. Mon frère dirait la même chose. Mon grand
frère Xavier m’a aussi formée, mais papa était un tel personnage ! Il nous a appris à aimer le métier. Et je peux vous dire qu’avec ce que j’en chie dans ce métier, heureusement qu’il m’a bien
appris à l’aimer.
De quelle façon vous l’a-t-il appris ?
Il m’a appris à aimer les gens, le populo, les petites phrases, toutes les petites choses, et de travailler à sa façon, et de vivre l’instant présent. Malgré le fait qu’il vivait dans l’angoisse,
que c’était un grand angoissé comme moi, il m’a appris à vivre dans le présent, et que chaque chose est nouvelle. Papa est devenu jardinier parce qu’il était au chômage, il est devenu le poète des
jardiniers. Certains en parleraient bien, il y a plein d’artistes que j’aime qui parle très bien de ce métier.
Dans cet album, il y a un côté « Je vous dis tout », vous êtes beaucoup à découvert, et malgré tout il y a une réserve. La musique à permis de se lâcher davantage
que le livre ?
Le livre c’est autre chose. Je l’ai fait parce que je ne travaillais plus, il fallait que je trouve autre chose. Au départ, le livre devait s’appeler « Gâchis ». Parce qu’un jour un journaliste m’a
dit « Vous nous avez fait tellement fantasmer, c’est quoi ce gâchis ? ». Je me souviens, on était à Ouarzazate, pour l’émission de Courbet. Je me suis dit qu’il avait raison. Quel gâchis ! J’ai
écrit, papa m’a dit de continuer, que je savais écrire. Quand je l’ai envoyé à Lafont, il m’a dit que c’était trop violent, qu’on allait changer le titre. Finalement, on a trouvé autre chose. Tout
ça pour dire que je pense que quand on fait un métier, quel qu’il soit, si on l’aime, c’est déjà une part de bonheur.
Pourquoi un gâchis Fiona ?
Parce que je me suis dopée pendant 17 ans et que je ne m’aimais pas. J’avais tout pour moi. C’est ce que je dirais aux jeunes. On m’a proposé d’être présidente de France sans drogue, j’ai dit non
parce que je préfère m’occuper des SDF. Le problème avec la drogue c’est que c’est bon, mais qu’après tu as tellement mal ! Il y a un vrai travail à faire là-dessus. Je suis faite comme ça. La
seule chose qui me sauve c’est que je m’en suis sortie, je le gère très bien, et maintenant j’arrive à en parler, parce que je suis heureuse dans ma vie privée.
C’est trop de sensibilité ? Il faut attraper le plaisir qui passe ?
Non, chez moi c’est la timidité. Si j’avais été moins timide, j’aurais rencontré moins de cons.
On en était à « Mes Absents ». « En paix » ?
Je voulais faire un reggae, qui n’est pas fini. Inchallah, si l’album marche, j’aimerais avoir 3-4 personnes que j’admire et que j’aime, et faire un reggae ensemble. C’est un reggae que j’ai fait à
cinq comme la main de Fatma, pour la paix. J’ai toujours voulu faire un reggae, je rêvais de chanter avec Yannick Noah à l’époque. Maintenant, je demanderais à MC Solaar, parce que lui me dira
oui.
Vous l’aimez bien, MC Solaar, vous avez des gouts éclectiques !
Il y a Reggiani, Ferré, et deux gonzesses que j’adore en ce moment : Mademoiselle K et Coeur de Pirate. J’écoute en boucle.
« Si le temps » ?
J’aime bien cette chanson. C’est un jazzy, la première chanson que Yves Prével, mon pianiste et compositeur, m’a fait travailler. Je dirais qu’elle représente la respiration d’une cigarette. Ce
sont les promesses, les caresses, il y a un côté balade. Si je devais faire le clip de cette chanson, je le ferais les ailes d’un oiseau, ou une vague sur la plage, ou le temps d’une clope,
vraiment quand tu prends ton pieds.
« Paris » ?
Paris c’est Paris. La seule chanson que nous n’avons pas faite, mon auteur et moimême. C’est une femme formidable, Irène Bo, qui est slave et choriste. On a fait une chanson sur la planète ensemble
« Petit Panda ». J’ai écouté cette chanson chez mon manager, et j’ai flashé. Et voilà. Merci Irène.
« L’insomnie du plaisir » ?
C’est ma préférée. C’est Sylvain. Quand on l’écoute, on pense que c’est sur la drogue mais en fait c’est sur l’amour. Je l’adore. Si tu l’écoutes à 17h ou à 6h du matin après un after ou à minuit
avant une sortie, les émotions ne sont pas les mêmes. C’est un album d’émotions.
La dernière, « Le bar du quotidien » ?
C’est un poème que j’ai écrit en un jet, parce que j’aime les bistrots, j’écris dans les bistrots. Je crois que je connais tous les bistrots de Paris. La première chose que je fais quand je me
réveille, après ma douche, c’est lire un quotidien dans mon bistrot. Je vais dans les PMU, les bars, il n’y en a pas beaucoup. J’avais oublié ma chanson dans la voiture, et je ne me rappelais plus
ce que j’avais écrit. Je me souvenais de la première phrase. « 8h20, l’heure des anges gardiens ». Une phrase de papa. Il avait deux phrases « 8h20, l’heure des anges gardiens » et « vagabond »,
qui était le mot préféré de papa. Je me suis dit que j’allais mettre ces deux phrases dans ce poème ; je l’ai fait d’un jet. Comme avec mon pianiste, Yves, on s’éclate, ça sort tout seul. Ce poème
est sorti comme ça. Je trouve qu’il y a de moins en moins de bistrot et c’est dommage. Les gens se retrouvent et déposent leurs armes, les maçons crevés viennent prendre une bonne bière fraiche.
Tout le monde est pareil dans un café-bar. Ceux qui vont rester, ce sont les bars de TGV. Ce n’est pas si mal, quand tu as 4h de route.
Est-ce qu’il y aura une tournée, des concerts, et quelle serait l’envie ?
J’aimerais faire une tournée intimiste, dans des toutes petites salles, parler avec les gens, être là. J’ai fait cet album pour faire de la scène, parce que je me sens bien sur scène. Tout à
l’heure, pour la première fois de ma vie, j’ai chanté dans la rue, je me suis éclatée. Je ne pensais pas que j’oserais le faire.
Merci Fiona.
Merci.
Interview réalisée pat Thierry Baumann
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Fiona Gélin : Extrait clip vidéo "Paris"