Bonjour François Favrat.
Bonjour.
Le 2 décembre va sortir votre deuxième film La Sainte victoire. Est-ce qu’on peut dire que c’est un film sur les rapports de pouvoir à la fois en politique, dans le
business et dans la sphère familiale ?
Euh … Je commence toujours par euh car ça me permet de réfléchir lentement mais surement. C’est un film probablement sur l’ambition, mais l’ambition n’étant pas à mes yeux un défaut mais un moteur
pour atteindre ce qu’on a prévu d’atteindre soit pour un politique, soit pour un jeune industriel, enfin pour l’ensemble de mes personnages. Le film parle de l’ambition et des compromis
c'est-à-dire jusqu’où on est prêt à aller pour l’emporter ou à quel moment il faut s’arrêter. J’ai dépeins tous mes personnages autour de ce thème là.
Alors la question autour du film c’est le slogan sur l’affiche « Qu’est-on prêt à perdre pour gagner ? », que répondriez vous à cette question ?
En tant que moi-même je ne vous répondrai rien du tout à part le fait que j’ai fait le film. C'est-à-dire qu’aujourd’hui dans un monde où on parle beaucoup de l’argent, de la puissance de l’argent
et de la banque, c’est un peu abstrait et je me suis dit que c’était intéressant de voir comment concrètement ca pouvait pressuriser les personnages de plus en plus et qu’à un moment par rapport à
ce qu’ils ont décidé de faire, ça va les contraindre, est-ce qu’ils acceptent ou pas. Ca me parait être un thème contemporain qui me touche beaucoup. Je me suis lancé dedans.
Comment est née l’idée de rapports comme ça, amicaux tout d’abord puis conflictuels entre deux hommes que tout oppose et qui n’auraient peut être pas du se rencontrer. Elle est née comment cette
idée, comment a-t-elle germé ?
Autour de ce duo il y a plein d’autres personnages. Au début c’était un peu façon « illusion perdue » ou les bouquins de James Ellroy, j’avais envie de faire un film avec différentes strates de
personnages, Sami Bouajila, Michel Aumont, tous mes acteurs qui sont dedans, Valérie Benguigui, Marilyne Canto, Christian Clavier et Clovis Cornillac. Ce duo principal est apparu par Xavier Alvarez
qui est mon narrateur, qui est le personnage joué par Clovis. On le voit petit qui a envie de réussir, comme le libéralisme donne à rêver à des jeunes ; le rêve c’est pas être un gangster mais
c’est une belle montre, un costume et réussir son business. Donc je suis parti là-dessus. La politique c’est quelque chose qui m’intéresse. Mes parents faisaient de la politique et le font toujours
donc c’est quelque chose que j’ai toujours eu dans ma vie. Et là je me suis servi de cette toile de fond du rapport politico-industriel pour raconter cette histoire entre ces deux personnages. Ca
s’est fait au fur et à mesure. Xavier Alvarez à un moment est architecte, il n’arrive pas à réussir son business, des gens m’ont parlé de ça, moment où il se dit qu’il faut qu’il se rapproche d’un
élu qui va peut être pouvoir l’aider et puis de fil en aiguille le personnage se construit comme ça.
Est-ce que certaines magouilles qui sont à la une des journaux ou des acquaintances politico-financières ont pu vous influencer dans l’idée du scénario ?
Plein. Tout à l’heure encore j’entendais un truc. Dès que tu allumes ta radio tu entends des trucs. A l’époque j’avais beaucoup lu sur l’affaire Schuller Maréchal, sur l’affaire Méry, sur l’affaire
Breton Noir, j’avais lu des tas de trucs. Ensuite je suis allé à l’Assemblé Nationale, j’ai observé comment fonctionnaient les députés, les rapports aux médias, j’ai lu des rapports parlementaires.
J’ai fait tout un truc de documentation. Et après j’ai digéré tout ça et je me suis mis à écrire mon histoire et après l’aspect romanesque a pris le devant. J’avais surtout envie de raconter une
histoire avec une intrigue policière mais pour moi ce qui est en premier plan comme dans des films de Pollack, de Lumet, de Scorsese, que j’adore, ça passe à travers les personnages, leurs
émotions. Donc j’ai essayé de travailler dans ce sens là.
Christian Clavier disait que c’était pas la peine d’aller dans un commissariat pour jouer un policier donc visiblement vous, vous avez la technique inverse vous allez quand même rencontrer des
politiques, des gens comme ça pour pouvoir donner d’avantage de crédibilité au scénario.
Moi je puise énormément. C’est un mélange entre l’imaginaire qui se met en route lorsqu’on écrit mais mes personnages j’ai besoin de les connaître. Au début quand j’écris, je me dis que ce
personnage est un peu comme telle personne, ce sont des gens que je connais, ça m’aide, et après je commence à écrire et je confronte ce que j’ai dans la tête et les informations de l’Assemblée.
Donc là j’ai rencontré Arnaud Montebourg, j’ai rencontré Michèle Rivasi qui est une député européenne spécialisée dans les antennes relais. J’ai rencontré Alphen sur un cour de tennis et je lui ai
demandé si je pouvais lui montrer mon scénario car j’avais des questions à poser. Donc j’ai fait ce travail et encore une fois après ça sort à ma sauce, ca devient un film.
Est-ce que vous avez pensez à des personnes, à des hommes politiques ou à des personnes existantes pour donner chair au personnages que jouent Christian Clavier et Clovis Cornillac ? Est-ce que ce
sont des hommes politiques avec des noms bien particuliers ?
Non, je ne pourrais pas dire, c’est un mélange. C’est un centriste dans le film. Mais encore une fois pour moi le fait qu’un élu ait des responsabilités et que du coup puisse favoriser quelqu’un ou
pas quelqu’un et puisse être sous la pression d’un lobbying, ce sont des choses qui existent, c’est valable pour tout élu quelque soit son obédience. Donc je n’ai pas particulièrement travaillé
dans ce sens. En revanche, j’ai été vigilant au fait de ne pas raconter ce qu’on peut écouter dans les comptoirs ou ce que dit un moment Sami Bouajila dans le film : « Ils sont pourris, c’est en
haut que ça se décide, il n’y a rien à faire. », moi je voulais autre chose. Je voulais raconter que ce député il a des convictions, que Valérie Benguigui qui incarne une élue verte, elle a ses
convictions et que ces gens là se bagarrent pour arriver à ce que leurs idées aboutissent un moment et deviennent réelles. Ca ça m’importait beaucoup donc je me suis inspiré de gens dont c’était
les cas.
Et le fait que Christian Clavier ait des airs un peu de Nicolas Sarkozy, physiquement et dans l’énergie, c’est un total hasard ?
Ah vous trouvez, c’est marrant parce que des fois on me dit François Hollande ou d’autres. Moi je ne trouve pas. Quand on a travaillé avec Christian, à un moment on a trouvé ces espèce de lunettes
et la veste et puis d’un coup je sentais que c’était mon personnage de Vincent Cluzel. Encore une fois il n’y a pas de rapprochement avec un tel ou un tel, c’est plus incarné quelqu’un qui a une
intégrité et une véritable envie de faire bouger les choses.
Et pourquoi avoir choisi Christian Clavier et Clovis Cornillac pour ces deux rôles qui sont les deux rôles forts du film ?
Parce que comme dans « Le rôle de sa vie » au début on disait que c’était bizarre que Karin Viard allait jouait une fille timide ou alors Agnès Jaoui qui d’habitude joue des rôles très consistants,
allait jouer une actrice tout feu tout flamme, j’aime bien ça, j’aime bien proposer à des acteurs des rôles qu’ils n’ont pas fait. Je trouve que c’est important vis-à-vis du public. Moi ça m’aide
parce que c’est une confrontation, c’est nouveau, et ça m’aide presque à fabriquer mes personnages. Faire jouer à Christian Clavier ce député intègre, un peu maladroit, loin des films dans lesquels
on a pu le voir précédemment, pour moi c’était un pari. Pour lui aussi je pense. J’aime vraiment bien ça. Pour Clovis c’est pareil j’avais envie de ce personnage un peu fragile, en même temps un
peu gentiment voyou, un garçon ambitieux, un peu mal à l’aise, un peu soupe au lait. Je trouvais que c’était quelque chose qui pouvait lui correspondre très bien.
Et quand on propose à Christian Clavier un rôle d’homme politique, un homme politique qui n’a pas le « même bord » que le sien, ça l’a un peu intrigué au début ou
ça ne l’a pas du tout froissé ?
Ca ne l’a pas froissé car je pense qu’il a beaucoup apprécié le scenario dans lequel l’aspect humain l’emportait déjà. Encore une fois ça parle d’ambition, de compromis, et ça n’appartient pas à un
bord. Il y a des gens de droite que je trouve formidables et des gens de gauche également et il avait fait cette lecture là. En revanche, la politique l’intéresse, ce qui pour un acteur est plutôt
courageux je trouve. Parce qu’il y a des gens qui peuvent se dire que ca sera « chiant » et ils en ont marre mais il m’a fait confiance. Le film a un suspens, une tension, une force qui se met en
place au fil du film et ce n’est pas ennuyeux. Les retours du public nous montrent que ce n’est pas le cas. Je suis content de ça. Ca lui a plu dès le départ et Clovis aussi d’ailleurs. Ce
personnage de Xavier Alvarez l’a beaucoup inspiré.
Vous avez filmé plusieurs meetings politiques, est-ce que c’était facile à filmer ?
Non ce n’était pas facile du tout. Comme les autres que j’ai cités je citerais Alexandre Carat qui est un journaliste qui m’a beaucoup aidé. C’est marrant parce qu’à un moment Xavier Alvarez dit
que pour trouver les bonnes personnes il a toujours eu du nez, et Alexandre je l’ai rencontré car je me promenais et je ne connaissais personne et j’ai aperçu Alexandre et je me suis dis qu’il
devait bien connaître tout ça donc je l’ai abordé et il m’a énormément aidé pour pouvoir entrer dans l’Assemblée Nationale. Et pour les meetings je me disais que d’une part je n’avais pas les sous
pour la faire et que d’autre part je n’aurais pas la ferveur d’une salle. Avec Alexandre on a réussi à se faufiler dans différents meetings à droite à gauche avec une caméra 35 et on a réussi comme
ça à filmer des salles pleines avec une vraie ferveur que j’ai pu ensuite monter dans le film. Je le remercie car c’était un appui absolument nécessaire.
On peut dire que c’est film engagé politiquement La Sainte Victoire ?
On peut dire que c’est un film qui parle de l’engagement, qui amène à réfléchir, sans que ce soit pénible ou moraliste, sur le fait de jusqu’où il faut aller pour défendre ses idées. Oui c’est un
film qui parle de l’engagement.
Merci beaucoup François Fravat.
Merci beaucoup.
Interview réalisée par Franck Peltier