
Bonjour Géraldine Pailhas.
Bonjour.
Bonjour Elisa Sednaoui.
Bonjour.
Vous venez de tourner dans « Bus Palladium ». Qu’est-ce qui vous a séduites dans le scénario ?
Géraldine Pailhas. J’ai lu le scénario avant qu’un rôle ne soit prévu pour moi, puisque je suis très proche des deux scénaristes, Thierry Klifa et Christopher Thompson. J’ai été au courant du
projet très tôt et je l’ai soutenu assidument. Je jalousais secrètement l’actrice qui jouerait le rôle de Prune Angelli. Quand Christopher m’a demandé si ça m’amuserait de le jouer, j’ai sauté
dessus avec joie.
Il faut dire un mot sur ce personnage !
Géraldine Pailhas. Prune Angelli est directrice artistique d’une maison de disque. Elle va prendre en main ce groupe de jeunes gens fougueux, amusants, plein d’ambition et musiciens, qui
veulent devenir des stars du rock dans les années 80. Elle-même est une sorte d’icône de ces années là, elle a fréquenté les musiciens qu’on souhaite rencontrer une fois dans sa vie quand on fait
de la musique, les Jagger, les Bowie… Elle arrive avec cette aura d’icône du rock et va mener la vie dure à ces jeunes garçons qu’il faut cadrer un peu.
Ce qui vous a séduit, c’est le portrait que le scénario faisait de ce groupe ?
Géraldine Pailhas. Ce que j’aime profondément dans le scénario et dans le film, maintenant que ces personnages ont pris vie et qu’ils sont incarnés par ces jeunes acteurs : Marc-André Grondin,
le plus expérimenté, Arthur Dupont, Jules Pelissier, Abraham Belaga, François Civil et les actrices, Elise Sednaoui et Naomi Green, c’est la fragilité, impalpable, qu’on ressent quand on visionne
le film. C’est la vision du passage entre l’adolescence et l’âge adulte, une chose qu’on a tous traversé de manière différente. Le film raconte comment, à l’intérieur d’un groupe de musiciens qui
s’est formé de son propre chef, il peut y avoir autant de façon de vivre cet évènement et avec quelles émotions on peut le traverser.
C’est la peinture du groupe qui vous a séduite ?
Géraldine Pailhas. Oui, la peinture du groupe à travers cette époque et cet âge.
Et vous ?
Elisa Sednaoui. J’ai fait les premiers essais sans avoir lu le scénario. La première chose qui m’a charmée, c’est la rencontre avec Christopher. J’ai eu beaucoup de chance, j’ai tout de
suite fait les essais avec Marc-André et Arthur, qui avaient déjà été choisis. C’était presque la fin, on sentait que le film commençait, la préparation, les costumes… on sentait l’énergie. Quand
je suis sortie de là, il était clair que je voulais faire ce film. J’ai lu le script un peu plus tard, et l’histoire me touchait sur plein de points. J’ai 22 ans donc plus ou moins le même âge que
Laura. En même temps, j’ai une vie complètement différente, j’ai traversé l’adolescence de façon complètement différente. Ce qui m’a fasciné, c’est qu’il y avait quelque chose à jouer, une défense
de ce type de femmes qui tombent amoureuses, qui se laissent aller à ce sentiment et sont ainsi perçues comme calculatrices ou manipulatrices. Je ne pense pas qu’on soit toutes comme ça. Je pense
que Laura est vraiment sincère dans les sentiments qu’elle éprouve pour Manu et pour Lucas dans des moments différents et pour des raisons différentes. Comment on est tous multi-facettes, elle
trouve dans les deux jeunes hommes ce qu’elle recherche. Ensuite elle continue sur sa voie. Elle sait ce qu’elle veut.
Elle met quand même un peu le bazar dans le groupe.
Elisa Sednaoui. Oui, mais eux aussi le crée. La vie sans bazar, ce n’est pas intéressant.
Géraldine Pailhas. Il y a une phrase dans le film, qui raconte le personnage d’Elisa. Elle a, une fois de plus, disparue — c’est son truc — et un des personnages la cherche. L’autre lui dit
qu’elle est partie pour qu’on la cherche, pas pour qu’on la trouve. Elle joue avec ça tout le temps. Je ne pense pas que ça soit une manipulatrice.
On ne voit pas beaucoup de films sur des adolescents dans cette période là. Est-ce que vous avez été surprises qu’on fasse un film sur ce thème : un groupe de rock dans ces années là ? Finalement,
c’est un film un peu « casse gueule ». On emploie des jeunes comédiens, le film n’est pas porté par des stars. Aujourd’hui, on sait qu’il faut des têtes d’affiche pour que ça marche…
Géraldine Pailhas. C’est ce qui fait le charme du film, cette absence de solidité, d’assurance. Le film vacille au gré des humeurs et des sensibilités de ces jeunes adultes qui ont croisé
le chemin de ces personnages. C’est très beau, très émouvant. Après, je suis d’accord avec vous, le cinéma en général et le cinéma français en particulier, a très rarement, voire pas du tout,
proposé ce type de personnages et d’aventures, parle très peu de musique et de rock encore moins. Il y a quelques films, comme « Almost famous » avec Kate Hudson, un film sur un jeune journaliste
de 15 ans qui suivait un groupe de rock. Klapisch a aussi abordé cet âge un peu fragile, la fin des études et le début de la vie active. Le côté casse gueule ne fait qu’ajouter au charme du film,
sachant qu’au final, on a un film très bien fait, très beau, l’image est magnifique, et qui raconte le rock avec énormément de candeur. Il ne dit pas ce qu’est le rock. L’idée est de parler de la
vision que ces jeunes gens ont du rock, de la musique, de réussir dans la musique et de devenir des stars. C’est vu par un homme, Christopher Thompson, qui a de l’épaisseur et beaucoup de tendresse
vis-à-vis de ces jeunes gens. C’est ça pour moi, le film.
C’est vrai qu’on s’attache à tous les personnages du film, on les sent à la fois très forts et très déterminés, sauf pour un, et extrêmement fragiles. Je trouve que ce film montre bien la fragilité
de l’adolescence. Vous qui n’êtes pas si loin de votre adolescence, cela vous a touché dans les dialogues ?
Elisa Sednaoui. C’est ce qui m’a plu en lisant le script. Les jeunes gens parlent comme ça. Je suis d’accord avec Géraldine. Même quand on se lance dans le rock, on n’est pas forcément des
rock stars américaines. En France quand on a un certain âge, on veut être ça mais il y a un parcours à faire avant. Il y a quelque chose de très attachant dans le réalisme. Je pense que Christopher
a fait un choix incroyable avec les garçons et Naomi Green, qui chante dans le film. Quand elle chante, ça me donne des frissons. Elle chante vraiment, elle est juste dans ce rôle là. J’ai relu
tellement de fois le script pendant le tournage… Je me rappelle qu’on était dans le bus, c’était une petite tournée. J’étais dans le film, donc je n’avais pas envie de lire autre chose. Je relis
donc pour une énième fois le script, Christopher se retourne et me dit que ça le flatte que je le lise encore. En fait, j’adore le lire et le voir avec des yeux différents à chaque fois. Le script
évolue au fur et à mesure de ce qu’on tourne, de la manière dont les acteurs jouent. Pour moi, c’était une expérience inoubliable. Le making of est aussi très bien fait, on ressent cette
atmosphère. Quelque chose dans l’union du groupe, dans la force du groupe, s’est vraiment créé. Après, il y a beaucoup de travail. C’est fabuleux, ce sont des jeunes gens complètement désinhibés,
qui essaient. Entre chaque prise, ils chantaient, tu voulais les étrangler. C’était pétillant.
Peut être que la fragilité qu’on ressent et qui fait le charme du film vient du fait qu’un certain nombre de comédiens n’avaient pas beaucoup d’expérience professionnelle. Ils ne pouvaient pas
s’assoir sur leurs acquis. Il devait y avoir une sorte d’effervescence.
Géraldine Pailhas. Il y a eu une sorte de petit miracle, Elisa le dit très bien. Tout est né de l’esprit de Christopher et il a assisté, médusé, à la concrétisation, à la vie qui prenait
malgré lui. Il n’a pas demandé à ces gens de s’aimer, d’avoir envie de passer du temps ensemble ou de jouer de la musique ensemble. Il n’en était pas question. Ce sont eux qui, nourris par le désir
de leur personnage ou le leur, ont fait naitre sous les yeux de Christopher une chose qu’il n’a même pas espéré consciemment. C’était un petit miracle, je crois que ça se produit rarement. Est-ce
que ça a un rapport avec l’inexpérience, une surprise, jouer avec les éléments et ce qui se passe, la juvénilité qu’on peut ne pas perdre. Je pense que les acteurs peuvent porter ça toute leur vie
s’ils sont un peu attentifs et qu’ils restent délicats. Il s’est passé quelque chose en tout cas, et ça se voit à l’écran.
Est-ce que cela vous a porté en tant que comédienne, de jouer dans un film qui parle de rock ? Est-ce que la musique a joué sur votre façon de jouer ? C’était fédérateur ?
Géraldine Pailhas. Mon personnage est un peu particulier, j’ai eu l’impression d’être un fil rouge. Je me suis plus appliquée à la nourrir d’icones rock, d’images, que de musique. Je pense que
ce personnage aime la musique, ne vit que pour cela et pour les hommes et les femmes qui la font. Mais je me suis plutôt appliqué à parler de l’image, de la mode, de ce qu’elle pouvait rappeler à
nos mémoires quand on la verrait à l’écran.
Vous êtes blonde dans le film, c’est incroyable. C’est vous qui avez eu l’idée de vous teindre ?
Géraldine Pailhas. Oui, ça n’est pas très original, je me suis demandé qui était la plus belle femme que le rock m’évoque : Debbie Harry. J’ai voulu essayé ça, Christopher était d’accord. Mon
personnage est suffisamment peu important pour que ça soit marrant qu’on la marque physiquement et que ça soit marrant de la retrouver. Elle date un peu le film. La mode du film est très simple,
mais c’est beaucoup mon personnage qui la dessine. Les autres sont plus neutres. C’est quand même très sobre. C’est un rock avec un jean, un tee-shirt et un blouson. C’est très simple. J’étais un
peu la note colorée du film et je l’ai assumé jusqu’au bout.
Le titre, « Bus Palladium », qu’est-ce que cela vous évoquait ?
Elisa Sednaoui. Moi, pas grand-chose. Je savais que c’était une boite parce qu’un amoureux m’y avait emmené, par hasard. Pour moi, ça a pris du sens par rapport au script, j’ai compris
l’histoire. Je sais maintenant que c’était un endroit très important au début des années 80.
Géraldine Pailhas. Je sais que c’est un endroit qui a eu plusieurs vies. Il a existé avant les années 80, il a incarné d’autres types de musique et d’autres époques. Christopher raconte
l’époque qu’il a connue. Je n’ai pas connu ça. J’y suis allée au tout début, à mon arrivée à Paris en 90. Le Bus avait ré-ouvert à un moment donné. J’y suis allée quelques fois.
Je trouve que c’est un bon titre parce qu’on sait tout de suite qu’on va parler de musique.
Géraldine Pailhas. Je pense qu’énormément de gens ont une petit idée de ce que sait. Il y a tous les gens qui y sont passés, tous les gens qui ont eu envie d’y aller en pensant que ce n’était
pas pour eux, qu’ils ne pouvaient pas se l’autoriser, mais qui avaient un désir fou d’y appartenir. Et tous ceux qui en ont entendu parler, tous ceux pour qui cela fait partie de l’histoire du rock
et qui auront plaisir à le visiter à travers le film. Je crois aussi qu’un titre peut rester mystérieux.
Ça a été agréable, difficile, charmant, de tourner avec une bande d’acteurs plus ou moins expérimentés.
Géraldine Pailhas. Pour moi, c’était délicieux. J’ai assisté à la naissance d’un metteur en scène. Il trouve là son meilleur rôle, son espace de liberté. On avait ce sentiment d’avoir
envie de le servir au mieux. Et il y avait tous ces jeunes gens perturbateurs, qui donnaient beaucoup de vie à chaque journée. C’était joyeux, riche, délicieux.
Au revoir Géraldine Pailhas.
Au revoir.
Au revoir Elisa Sednaoui.
Au revoir.
Interview réalisée par D.P
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Bus Palladium : Film annonce
Interview de Marc-André Grondin et Arthur Dupont pour le film "Bus Palladium"