Crédit Bruno Calvo
Omar, bonjour.
Bonjour.
Le 28 octobre vous serez donc à l’affiche de Micmacs à Tire-Larigot, le film de Jean-Pierre Jeunet. Quand on reçoit une proposition de scénario de la part d’un
certain Jean-Pierre Jeunet, on réagit comment ?
On réagit un peu comme un fou, on n’y croit pas, on se dit je vais aller me coucher, demain je vais me réveiller, je vais voir si c’est encore bon en me disant que ce n’est pas possible. Comme
après le soir de Noël, on se dépêche, on se réveille le matin, on descend voir si le cadeau est encore là et on se dit : « Est-ce que j’ai rêvé de ça ou pas ?». C’était un peu ça. Il m’a appelé
pour faire des essais, j’ai eu du mal à y croire et une fois que je me suis rendu compte que c’était vrai je me suis mis à avoir peur.
Justement ils se sont passés comment ces essais ?
Très bien. On a peur mais au final on discute et puis il nous guide, il nous dit ce qu’il a envie de faire et puis on se laisse aller. Et tout va bien, c’est très agréable. On sent qu’on avance
très vite.
Il disait tout à l’heure que vous lui aviez communiqué un petit peu le trac justement, pendant les essais, parce que vous l’aviez. Est-ce que c’était vrai ou pas ?
Bien sûr je l’avais, mais par contre je ne savais pas que je le lui avais communiqué. Mais bien sûr je l’avais car il y avait les essais et effectivement je n’étais pas très très fier de moi,
j’avais un peu peur. Je me demandais si ça allait le faire parce que quand on fait des essais on a qu’une envie c’est de faire le film. Et donc je me disais qu’il ne fallait pas que je me loupe
donc j’avais un peu les « chocottes ». Mais ça l’a fait. Et puis après il y a eu d’autres essais et je n’étais pas plus rassuré, même si je savais que c’était bon. C’est qu’au travail j’avais André
Dussollier en face, donc c’est encore un nouveau paramètre et donc on se dit qu’il faut être bon et on se met une petite pression. Mais tout va bien après. Mais il y eu ça au début, c’est vrai.
Alors après quand on se retrouve sur le tournage, quand on est face à des acteurs justement de la trempe de Dussollier, de Dominique Pinon, de Jean Pierre Marielle, de Yolande Moreau, on se sent
tout tout petit ou alors on peut se permettre de se la péter ou alors de cacher qu’on a justement un peu la trouille ?
Ba là ce qu’on essaie de faire c’est de trouver le masque de « je n’ai pas peur » et « je ne suis pas du tout impressionné ». Ce n’est que ça en permanence. On tourne les yeux de tous les cotés et
on se dit qu’il ne faut pas que ça se voit que je suis en train de « flipper ma race ». Il y avait beaucoup de ça mais après ça se passe bien. Oui c’est vrai on est impressionné, évidemment.
Qu’est ce qui vous a plu dans le scénario de Jean-Pierre Jeunet ?
J’ai beaucoup aimé le personnage de Remington, en fait, tous les personnages qui sont dans un truc et à fond : Calculette qui est super précise dans « ces machins », Fracasse qui est démonté de
partout ou La Môme Caoutchouc. Tout ça c’est des personnages comme quand on était petit et qu’on se disait qu’on pourrait le faire nous aussi. C’est un imaginaire un peu enfantin, ce sont des
personnages qui sont poussés avec une imagination dingue. Ca me plaisait beaucoup.
J’ai l’impression que Remington pourrait sortir tout droit du service après vente des émissions. Est-ce qu’il a été créé un peu dans cet esprit là ou est-ce que
c’est vous qui l’avait amené sur cette veine là ?
Non Remington c’est un truc qu’on a fait avec Jean-Pierre, comme il l’avait imaginé et où il voulait l’emmener. Je ne sais pas si Remington pourrait être dans le service après vente avec que des
expressions pour la particularité des mots. Mais je crois que Jean-Pierre n’a pas du tout pensé à ça ou peut être après coup mais sur le moment je ne pense pas.
Et alors du coup le plus délicat, le plus complexe par rapport au personnage, c’était quoi ?
C’est la diction, la diction de tous ces trucs là, les sortir précis. Ne pas fourcher sur une syllabe sinon c’est foutu car il y en a plein qui s’enchainent. Mémoriser et comprendre tous les
dictons et les expressions du personnage, ça c’était un « truc balaise ». C’est un français que je ne connaissais pas.
Qu’est ce que vous voulez dire, que c’est fatiguant de travailler sur un film de Jean Pierre Jeunet ?
Ca demande du travail mais on ne demande que ça travailler, on ne boude pas.
Alors, il y a un esprit de troupe dans le film parce qu’il y a tous ces chiffonniers, tous ces ferrailleurs, j’ai l’impression que ce n’est pas quelque chose auquel vous êtes habitué car quand vous
travaillez par exemple pour SAV, c’est avec Fred, donc c’est un travail à deux. Donc c’est quelque chose de nouveau l’idée de la troupe, le coté un peu théâtral comme ça ?
Non j’adore ça le travail d’équipe. C’est vrai qu’avec Fred on est deux à l’écran mais c’est aussi une équipe le SAV. On est 3 à l’écriture, sur le tournage on est beaucoup plus. J’adore ça le
travail d’équipe au contraire. Je trouve ça bien le travail d’équipe parce que justement il y a de l’entraide, on s’épaule. Et je trouve qu’avec le coté équipe on s’enrichit. A chacun son poste, il
y a des choses qu’on ne sait pas faire dans un poste mais l’autre sait. J’adore ça le coté équipe, je trouve que ça nourrit et qu’on apprend beaucoup plus en équipe que tout seul.
Alors qui dit équipe veut aussi peut-être dire fou-rires plus réguliers. Est-ce qu’il y en a eu des fous rires ou alors sur un film de Jean-Pierre Jeunet on se dit
qu’il ne faut raiment pas rigoler ?
On se le dit mais ça n’empêche pas qu’il y a des moments où on se marre. On se dit qu’il ne faut pas mais ça n’empêche pas. Juste à voir le casting, il y a quand même quelques rigolos dans
l’histoire. Si si on se marre même s’il ne faut pas. Mais c’est justement quand on se le dit que ça arrive.
Et comment il dirige Jean-Pierre Jeunet sur un tournage comme ça ? Parce que c’est la première fois que vous êtes dirigé par lui ? Vous avez quand même été dirigé
par d’autres réalisateurs et metteurs en scène au cinéma, si on fait une comparaison il est comment ?
Bien sûr. La différence en tous cas flagrante c’est ce travail qu’il y a eu avant le tournage. C’était la première fois pour moi que c’était un travail aussi intense, qui m’a vraiment préparé à
l’arrivée sur le plateau. Je suis arrivé sur le plateau un peu plus sereinement parce que j’ai eu ce bout de travail là qui m’a bien fait avancer sur le personnage et qui m’a du coup mis à l’aise.
La grande différence pour moi elle est là.
Le film s’est tourné sur une durée assez longue ?
Oui 5 mois.
Est-ce que justement garder ce comique par rapport au personnage c’est quelque chose qui est difficile sur la longueur ? C'est-à-dire qu’il faut se remettre à chaque fois dans le personnage,
retrouver les intentions, ou alors pas du tout, on revient dans le tournage et hop ça repart directement ?
Non ça revient assez vite parce que tout est là, le décor est là pour tout nous rappeler et puis les personnages de chacun nous remettent un peu dedans. Et je vais revenir dessus mais le travail
qui a été fait avant a bien posé les choses donc du coup ça roule.
Quel regard portez vous sur le jeu de Dany Boon ?
La poésie du film est énormément amenée par le personnage et le travail de Dany. Il a beaucoup de mimes, de jeux muets super poétiques. C’est flippant, c’est super beau. J’ai beaucoup aimé ces
moments là du film où Dany est tout simplement fou, c’est dingue, il y a une poésie de malade qui sort de ça. Il a un travail incroyable. Surprenant car c’est tous les moments que je n’avais pas
vu, des moments tournés que je n’avais pas vu parce qu’effectivement quand il est avec nous, ce sont des scènes dialoguées où on se parle. Et les moments que je n’ai pas vu ce sont toutes ces
scènes là que j’ai découvert en découvrant le film. Souvent on ne trouve pas les mots car mon père dit que « devant le talent tu fermes ta gueule » et c’est un peu ça. Il n’y a pas de mots. Il faut
voir le film pour voir ça. Il y a un coté un peu Chaplin, super poétique, super beau. Chapeau Monsieur Beaumont.
Merci beaucoup Omar.
Merci à toi.
Interview réalisée par Franck Peltier
Samedi 31 octobre 2009
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31
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15:57
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Publié dans : Interview
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Par Aanil
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