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photo14.jpgJessica Forde © 2009 EUROPACORP - TF1 FILMS PRODUCTION - MARIE COLINE FILMS - SMTS

Bonjour Richard Berry.


Aujourd’hui c’est le réalisateur que nous accueillons puisque vous signez votre quatrième film qui s’appelle « l’immortel », un film qui se passe dans le milieu de la mafia à Marseille, avec Jean Reno, un film noir. Pourquoi avez-vous été attiré par cette histoire qui est l’adaptation d’un livre de Franz-Olivier Giesbert ?

J’ai été attiré par cette histoire car j’y ai vu une façon de traiter quelque chose qui m’intéresse énormément et dont je parle dans tous mes films, c’est l’identité. C’est une digression sur l’identité par exemple l’intégration à travers la rédemption de ce personnage, notre volonté d’être intégré et notre difficulté à intégrer les autres. Je trouve que cet exemple et cette histoire qui démontre que ce personnage retiré du milieu depuis 3-4 ans et qui a envie de vivre une vie simple, normale, et qui est rattrapé par son histoire, son destin et à qui on dit : « tu as du sang sur les mains, ça ne partira jamais, le mal c’est le mal, il est en nous il faut l’accepter ». C’est un constat assez terrible, c’est comme si on nous disait tu es juif, tu es arabe, tu resteras toujours juif, arabe, quoi que tu fasses, ça ne changera rien et tu ne peux pas t’intégrer. C’est quelque chose qui me fait peur, je pense qu’il y a une volonté d’être intégré, une difficulté à intégrer les autres. C’est aussi une digression sur ce sujet. Après je trouvais formidable de raconter cette histoire à travers une mafia qui fait partie de notre culture puisqu’elle est Marseillaise, avec cet autre acteur qu’est Marseille et qui joue un rôle très important, et surtout l’histoire de ce type qui passe du stade de voyou au stade de victime emblématique que l’on va surnommer l’immortel.


L’immortel dans la réalité c’est Jacky Le Mat qui est toujours vivant, que vous avez rencontré. Jacky Lemat c’est son surnom en fait il s’appelle Jacques Imbert. En quoi vous a-t-il été utile pour construire ce scénario ?

Que ce soit bien clair, je ne raconte pas l’histoire de Jacques Imbert, en aucun cas. Il n’a jamais vécu ça, j’ai tout inventé avec Franz-Olivier Giesbert qui a déjà inventé une partie de l’histoire dans le livre et moi je me suis servi du livre pour raconter encore une autre histoire. En revanche, le point de départ qui est juste c’est l’histoire de ce type qui un jour de février 1977 et laissé pour mort sur un parking à Marseille après avoir prit 22 balles et y a survécu. À partir de ce moment-là, je me suis permis de raconter cette histoire. La rencontre avec Jacques Imbert a été intéressante à partir de ce qu’il peut nous en raconter aujourd’hui, c’est les effets psychologiques que ça a pu avoir sur lui, la façon dont il pense sa vie. Quand on a été une victime, les victimes d’un crash d’avion ou les victimes de traumatismes, il y a quelque chose d’extraordinaire, survivre après avoir pris 22 balles. Déjà l’entendre raconter ce moment qui paraît interminable, la surprise, la douleur, les réactions physiques qu’il a pu avoir, instinctives et ensuite les émotions qu’il a pu vivre : la trahison, la douleur, la façon dont il parle de son corps perclus de douleur, toujours aujourd’hui il a 80 ans, la façon dont il se sent miraculé encore, la façon dont il remercie la vie, le sort, le destin d’avoir survécu a tout ça. La trahison qui revient beaucoup dans ces paroles, les gens qu’il pensait des amis qui sont en fin de compte des ennemis, l’hypocrisie de tout ça. Quand on parle de règlement de compte lui dit « non » : un règlement de compte dans le milieu, c’est à visage découvert, là on est venu me tuer, c’est un assassinat puisqu’ils avaient des cagoules. Ce sont toutes ces choses là que j’ai pu récupérer de mes rencontres avec lui, c’est tout ce qui attrait au plan humain au travers de quoi je me suis rendu compte que parfois les émotions ou les tragédies grandissent les hommes.

3/ L’immortel est vraiment encré dans le genre du film noir, ça marche vraiment très très bien du début jusqu’à la fin, on est vraiment accroché a l’écran, vous n’avez pas eu peur d’aller trop loin dans la violence ?

Je ne pense pas que la violence soit l’écueil, prenons les choses à l’inverse, si j’avais prétendu raconter une histoire de la mafia marseillaise à travers un personnage et que je ne parlais pas de cet aspect là de son fonctionnement, si je n’abordais pas le thème de cette violence quotidienne, banale, je n’aurais pas traité le film, on m’aurait dit c’est quoi, c’est une bluette, c’est « Plus belle la vie » ? J’ai passé un peu plus d’un an à Marseille, entre la prépa et le tournage et le fait que j’aime beaucoup être à Marseille, le nombre de fois où on se ballade dans Marseille et où l’on voit des fleurs ou des plaques a la mémoire de untel et quand tu poses la question, oui il y a un type que s’est fait tué ici sous un pont… C’est une ville comme ça et après quand vous écoutez les gens qui vous parlent de ce qui se passe et de comment ça fonctionne, je suis en dessous de la vérité par rapport à la violence. Et moi c’est ce qui m’intéressait, de raconter comment des hommes qui ont des enfants, des femmes, une famille peuvent tout d’un coup faire la différence entre eux, la vie des gens qui leurs sont proches et la vie des autres, et la vie des enfants, des autres femmes qui sont autour d’eux. Là il y a quelque chose qui me fait penser à la guerre. Et en fait c’est une autre façon de parler de l’inhumanité de la guerre, de cette espèce d’anonymat de la guerre. Sous prétexte qu’on est en guerre, on met ce chapeau là et on peut tuer. C’est la même chose, il y a une espèce de guerre plus individuelle qui permet de tuer des femmes, des enfants.


Richard Berry, c’est Jean Reno qui incarne le héros du film Charly Mattéï et on a l’impression de découvrir un nouveau Jean Reno, ça fait longtemps qu’on ne l’a pas vu comme ça. Vous lui avez mené vraiment la vie dure ?


(Rires) Oui, c’est vrai que j’espère qu’il en garde un bon souvenir mais c’est vrai que je ne lui ai rien laissé passer. Déjà pendant la prépa il était étonné que je lui dise : « Il va falloir t’entraîner ». Il me disait : « Mais pourquoi ? », « Pour que tu sois affûté, en forme », « Mais il n’y a rien à faire dans le film », « Tu verras que si ! ». Je voulais qu’il soit vivant. J’ai débranché le pilote automatique de Jean Reno, c’est à dire Jean Reno qui se met en marche avec talent, la voix, le physique, là c’est finit, on va aller chercher des choses, faire du sur-mesure sur chaque émotion, sur chaque phrase, je ne l’ai pas lâché, on reprenait des phrases, des petits détails. Il a été un acteur extrêmement disponible, très ouvert, où il y avait une véritable confiance et une grande volonté de remettre en question le travail qu’il avait pu faire jusqu’à présent.


Jean Reno est relativement bien entouré dans ce film, vous avez pris des paris audacieux : Kad Merad dans un rôle très sérieux, Marina Foïs en flic, on ne l’avait jamais vue, j’imagine que tout ça ce n’était pas évident non plus ?

Non ce n’était pas évident, vous savez moi je suis acteur, je sais qu’un casting,… Prenons l’exemple de Kad, le personnage qu’il joue, soit on l’incarne à travers un acteur qui évoque tout de suite le méchant de service, le dangereux, le dur et on peut perdre un aspect réel de cet homme ancré dans sa famille, avec sa femme, ses enfants, cette volonté de paraître dans cette société un type intégré, installé et à ce moment là je n’avais pas cette instinct là. Ou alors je fais l’inverse je choisis un acteur qui incarne cette espèce de sympathie, de bonhomie, ce côté très familial, on le voit au début avec ses enfants, sa famille… et puis il y a la petite chose quand il sent la cigarette, lui demande si elle a fumé, il peut péter un plomb et là ça peut être terrible. Et en fin de compte je me suis inspiré d’un personnage de la réalité qui était comme ça. C’est un type qui est extrêmement ancré dans la famille, dans les codes, la société, qui voulait paraître comme un homme d’affaire traditionnel et qui par ailleurs pouvait péter les plombs d’une façon extrêmement dangereuse. Donc j’ai choisi Kad pour ces raisons là, je me suis dis qu’il valait d’abord mieux prendre un acteur qui va évoquer la sympathie et je vais essayer de le pousser dans quelque chose d’extrêmement violent, et Marina ça a été la même chose.


Richard, quand va-t-on vous retrouver en tant qu’acteur ?


Je ne sais pas, au théâtre, j’aime beaucoup faire du théâtre. Au cinéma je n’ai pas les rôles qui m’intéressent donc je préfère faire mes films tranquillement. Et même essayer d’aller encore un tout petit peu plus loin. Je ne suis pas pressé de faire des films comme acteur, au cinéma en tout cas.


Merci Richard.



Interview réalisée par D.P


A lire et à voir en cliquant sur les liens suivants :

Interview de Jean Reno pour le film "L’immortel"

L'Immortel : Film annonce

Dimanche 14 mars 2010 7 14 /03 /Mars /2010 16:36
- Publié dans : Interview - Par Aanil - Ecrire un commentaire
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