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Publié par Aanil

ARTE diffuse, dimanche 26 novembre 2013 à 22 heures 25, le documentaire réalisé par Arnon Goldfinger "L'appartement de ma grand-mère".

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© Philippe Bellaiche/Talia (Tulik) Galon/zero one film


À la mort de sa grand-mère, Arnon Goldfinger découvre l'amitié qui liait ses grands-parents à un officier nazi. Une plongée singulière dans l'histoire de l'Allemagne et d'Israël.


Deux mois après la mort de sa grand-mère, Arnon Goldfinger entreprend avec sa famille de vider le vaste appartement qu’elle occupait depuis soixante-dix ans à Tel-Aviv. Arrivée d’Allemagne avec son mari dans les années 1930, Gerda Tuchler n’avait jamais appris l’hébreu, s’exprimait le plus souvent en allemand et conversait en anglais avec ses petits-enfants. Dans la masse des papiers gardés par le couple, le réalisateur découvre que le premier voyage des époux Tuchler en Palestine a eu lieu en 1933 en compagnie d’un officier nazi et de sa femme, les Von Mildenstein. En enquêtant sur cette relation inattendue, il comprend que l’amitié des deux couples a survécu au IIIe Reich et à la Shoah, bien que Von Mildenstein ait été cité par Eichmann, lors de son procès en 1961, comme un homme important dans la hiérarchie du régime nazi et comme un "spécialiste de la question juive". Quel rôle a-t-il joué alors que l’extermination des juifs d’Europe se mettait en place ? Comment expliquer que les grands-parents du réalisateur aient continué à le fréquenter par la suite ?

Silences

En partant pour Wuppertal, avec sa mère, à la rencontre de la fille de Leopold Von Mildenstein, qui a très bien connu ses grands-parents, Arnon Goldfinger découvre peu à peu un pan insoupçonné de leur existence : un lien indissoluble avec l’Allemagne soigneusement dissimulé à leurs proches, alors même que celle-ci leur a infligé des blessures dont, là encore, leur entourage ignorait tout. Tout son art de réalisateur est de tourner autour de ce mystère béant avec légèreté, sans se faire procureur ni avocat, cherchant seulement à comprendre pourquoi le silence s’est ainsi installé dans sa propre famille. C’est le non-dit, plus que la révélation, qui constitue la matière première de son film, à l’image de cette sépulture qu’il recherche en vain, avec sa mère, dans la végétation épaisse d’un cimetière berlinois. En montrant combien la vérité sur le passé des êtres que l’on a cru connaître peut rester hors d’atteinte, son enquête familiale est une invitation à la modestie et à l’acceptation des choses.

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