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Publié par Aanil

ARTE diffuse, mercredi 06 novembre 2013 à 22 heures 30, un volet de la série documentaire "L'Europe des écrivains".

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L'Irlande de Colm Tóibín, Robert McLiam Wilson, Edna O'Brien et Roddy Doyle


Cette ambitieuse collection documentaire explore les pays européens par le prisme de leurs auteurs. Coup d'envoi avec l'ardente Irlande, dont quatre écrivains majeurs décrivent l'identité violente et tourmentée.

Tracer le portrait d'un pays européen, revisiter son histoire et ses enjeux actuels à travers les témoignages et les écrits de ses auteurs, tel est l'objectif de la nouvelle collection documentaire d'ARTE. Pour ce premier épisode, consacré à l'Irlande, ils sont quatre à évoquer leur île éminemment romanesque : Roddy Doyle, Robert McLiam Wilson, Edna O'Brien, Colm Tóibín. Certains n'y vivent plus, comme Edna O'Brien, qui estime qu'elle n'aurait pas pu écrire sa première trilogie si elle n'avait pas quitté ce pays, encore très "réprimé" où "on se sentait comme suffoqué", pour s'installer à Londres. Venus des quatre coins de l'Irlande et marqués par leur région d'origine, ces écrivains portent en eux différents visages de l'île : les quartiers nord de Dublin pour Roddy Doyle, les campagnes du comté de Clare pour Edna O'Brien, la splendide côte de Ballyconnigar pour Colm Tóibín et l'attachant Belfast de Robert McLiam Wilson. À travers leurs témoignages, complétés de reportages et d'images d'archives, ce film porte un regard pénétrant sur l'histoire d'un pays marqué par un catholicisme viscéral, la guerre civile, l'exil, un boom enivrant dans les années 1990 suivi d'une rude gueule de bois après la crise de 2008.

Au cœur du documentaire rougeoie cette douloureuse irishness, cette identité irlandaise teintée de nationalisme pour laquelle tant d'hommes ont vibré ou se sont battus et que les quatre écrivains questionnent, parfois avec sévérité. "C'était réconfortant d'accuser la Grande-Bretagne de tous nos maux", pointe Roddy Doyle. Sous sa plume incisive, la figure de l'Irlandais opprimé en prend un coup. Dans La légende d'Henry Smart, il dévoile la face sombre de la guerre d'indépendance : les représailles contre les civils, le sectarisme des combattants de l'IRA… L'irishness de Robert McLiam Wilson est aussi faite de violence et de fascination pour la mort. Dans Eureka Street, il décrit avec verve la vie à Belfast durant la guerre civile, épinglant d'un même trait la brutalité des partisans catholiques de l'IRA et des milices loyalistes protestantes. Ce qui ne l'empêche pas d'écrire sur la ville "comme un garçon amoureux du laideron de la classe". Enfin, pour Edna O'Brien, l'âme irlandaise se caractérise, entre autres, par un sentiment de peur, transmis de génération en génération, une écrasante culpabilité, une intensité et "des dispositions pour la poésie". Si l'Irlande provoque en eux des sentiments mêlés, la plupart des écrivains interviewés s'avouent marqués à jamais de son empreinte. "C'est un drôle de pays", lâche, rêveur Colm Tóibín, face à la mer vert-de-gris vers laquelle revient immanquablement, entre deux séjours à Dublin, New York et Barcelone, ce natif du comté de Wexford.

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