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Publié par Aanil

ARTE diffuse, mardi 28 janvier 2014 à 22 heures 40, le documentaire réalisé par Thomas Johnson et Marie Brunet-Debaines "L'ombre de Staline - Tien Stalina".

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© Ina


L'État russe n'a jamais condamné les crimes de masse de l'ère stalinienne. Cette amnésie favorise aujourd'hui les visées autoritaires, voire dictatoriales, de Vladimir Poutine. Ce documentaire s'appuie largement sur le travail de l'association Memorial pour tenter de comprendre les tenants et aboutissants de ce silence collectif.


Malgré l’ampleur des crimes commis sous son long règne - de 2,5 à 6 millions de morts durant la grande famine de 1932-33 en Ukraine, 1,5 million de fusillés de 1936 à 1939, durant la Grande Terreur, et environ 18 millions de déportés au goulag -, la figure de Staline reste populaire en Russie. Elle connaît même un regain de faveur chez les nostalgiques de l’ère soviétique ou les partisans de la droite nationaliste, mais aussi nombre de citoyens désorientés, pour qui le vainqueur de la "Grande Guerre patriotique" incarne un chef d’État fort et désintéressé qui a su tenir tête à l’Occident. En dehors de quelques déclarations isolées, l’État russe lui-même n’a jamais officiellement condamné la terreur stalinienne ni demandé pardon à ceux qu’elle a broyés. Les nouveaux manuels d’histoire consacrent ainsi plus de pages à vanter les hauts faits de son règne qu’à en décrire les crimes.

Silence collectif

Seule l’association Memorial, créée en 1989 par des militants des droits de l’homme, dont Andreï Sakharov, s’emploie sans relâche à recueillir la parole des victimes et de leurs proches et à documenter les réalités de la répression. Soumise aux tracasseries incessantes du pouvoir, elle est aussi la seule instance à rendre un hommage public, chaque année, aux millions de vies brisées par le stalinisme.

Le documentaire de Thomas Johnson s’appuie largement sur le travail de l’association pour chercher à comprendre les tenants et aboutissants de ce silence collectif. Avec de remarquables témoins, dont quelques pugnaces anciens déportés, et l’historien qui préside aujourd’hui Memorial, Arséni Roginski, il montre combien l’amnésie concernant le passé obère aujourd’hui l’avènement de la démocratie. Un passionnant voyage dans le temps long de l’histoire et dans la Russie contemporaine, où le danger de la dictature, en ce troisième mandat de l’ère Poutine, est plus présent que jamais.

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