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Publié par Aanil

ARTE diffuse, mercredi 05 mars 2014 à 22 heures 50, le film réalisé par Alain Resnais "Mélo".

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Léger comme une partition musicale et profond comme le théâtre, Alain Resnais filme un vaudeville amoureux qui prend des allures de tragédie antique. Le tout interprété à merveille par Sabine Azéma, Pierre Arditi, Fanny Ardant et André Dussolier. Tourné par Alain Resnais en 1986, "Mélo" est le second film de la soirée en hommage au cinéaste décédé le 1er mars dernier.


Une douce soirée de juin 1926. Marcel Blanc, grand violoniste, dîne chez son ancien camarade de conservatoire Pierre Belcroix. La soirée est charmante, la femme de Pierre, Romaine, apporte une touche de badinage aux retrouvailles des vieux amis. Ce n’est pas pour déplaire à Marcel, dont la réputation de grand séducteur n’est pas usurpée. Alors que Marcel complimente le couple pour son apparent bonheur, on sonne à la porte. C’est Christiane, une cousine de Romaine, qui repart aussitôt après avoir un peu discuté avec Pierre. Pendant l’absence de son mari, Romaine, usant d’un stratagème subtil et machiavélique, donne rendez-vous à Marcel pour le lendemain...

Tragédie modern style

Alain Resnais relève le défi de marier théâtre et cinéma tout en restituant la “mélodie particulière, rigoureuse malgré les apparences” qu’il entend dans la pièce (réputée injouable) d’Henry Bernstein. Le film commence sur le plan d’un rideau rouge qui ne se lèvera pas : le scénario évolue comme la pièce, mais Resnais fait bien autre chose que du théâtre filmé. Paradoxalement, il y a quelque chose de la tragédie antique dans ce mélo. Au début du film, Romaine, pythique, dit à son mari : “Il faudrait bien que je te fasse du mal.” Un fin réseau de travellings, un système d’annonce et de renvois formels, comme le retour cyclique d’une sonate de Brahms, mettent en place une situation tragique qui se resserre fatalement sur les personnages. Ceux-ci jouent toutes les cartes de la duplicité pour le plus grand plaisir du spectateur qui se régale devant ce jeu de miroirs. À l’image du titre, tant mélodie que mélodrame, le film est une oscillation convulsive et épurée, marquée par un savant dosage de féerie décorative (superbe ambiance modern style) et d’analyse psychologique. Tourné très vite, en vingt jours, avec le minimum de prises pour préserver l’émotion et la spontanéité des comédiens, Mélo fait magistralement ressortir les partitions poignantes des voix, du texte et des cœurs. Trois acteurs fétiches de Resnais, Azéma, Arditi et Dussollier, se révèlent absolument brillants, tandis que Fanny Ardant excelle dans un contre-emploi d’adorable ingénue.

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