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Publié par Aanil

ARTE diffuse, mercredi 05 mars 2014 à 20 heures 50, le film réalisé par Alain Resnais "Mon oncle d'Amérique".

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Gérard Depardieu, Nicole Garcia et Roger Pierre sont les cobayes humains des théories d'Henri Laborit, qui rapproche nos comportements de ceux des animaux. Alain Resnais fait mine de s'effacer devant le biologiste et ménage à l'homme une porte de sortie : l'imaginaire, le rêve d'un "oncle d'Amérique". ARTE rend hommage à l'immense cinéaste décédé le 1er mars à l'âge de 91 ans.


Un cœur clignote à l'écran. "La seule raison d'être d'un être, c'est d'être, c'est-à-dire de maintenir sa structure", explique Henri Laborit. En voix off, tandis que défilent des lichens, une tortue, un chiot ou un sanglier, le biologiste expose ses thèses sur la biologie appliquée au comportement humain. Les images de trois vies humaines se mêlent au discours scientifique : Janine Garnier est née rue de Bagnolet, à Paris, dans une famille ouvrière communiste ; Jean Le Gall, fils de bonne famille, a vu le jour sur une île bretonne ; René Ragueneau a grandi dans une ferme du Maine-et-Loire. Tour à tour, ils racontent : la fête de l'Huma et le théâtre militant (Janine), les livres d'aventures dévorés en secret (Jean), la lutte sourde contre un père borné (René). Au seuil de l'âge adulte, Janine rompt avec sa famille pour devenir actrice, Jean monte à Paris pour faire carrière à l'ombre d'un ministre, René quitte la ferme et gravit les échelons d'un groupe textile. Leurs chemins ne vont pas tarder à se croiser…

Des rats et des hommes

Dans une cage au plancher régulièrement parcouru de secousses électriques, le rat, privé de porte de sortie, déprime et tombe malade. Jean, viré de son poste de directeur de l'information à la radio, se tord dans une crise de coliques néphrétiques… CQFD ! Face à ce qui menace son existence, l'homme, lorsqu'il ne peut ni lutter ni fuir, répond par une attitude d'inhibition, explique Henri Laborit. Comme l'animal. Il développe un ulcère ou se suicide. Mon oncle d'Amérique juxtapose froidement, avec une ironie dissimulée, les expériences de laboratoire du biologiste et les péripéties de la vie de Jean, Janine et René (plus quelques séquences où s'affrontent des humains à tête de rat et des images en noir et blanc de Danielle Darrieux, Jean Marais et Jean Gabin, les acteurs préférés des trois personnages). Dans ce film tout entier construit sur un discours scientifique jamais mis en doute, Alain Resnais semble se contenter d'illustrer les thèses du professeur en mettant en scène les cobayes humains imaginés par Jean Gruault (également collaborateur de Rivette, Godard, Rossellini ou Truffaut). Mais par son côté imparable, la démonstration s'annule d'elle-même : pas plus que le commun des mortels, le scientifique et le cinéaste n'ont de prise sur leurs actes… Quant à l'oncle d'Amérique, c'est ce personnage inventé qui permet d'échapper à l'enfer de la communauté humaine, de se réfugier dans l'imaginaire. L'imaginaire, symbolisé par l'image finale d'une forêt luxuriante peinte sur le mur d'une ville dévastée, l'imaginaire au cœur du cinéma selon Alain Resnais.

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