TV Replay

Publié par Aanil

ARTE propose, samedi 10 mai 2014 à 23 heures 35, le magazine culturel "Tracks".

051067-003_tracks_01.jpg

© R. Laananen


Warpaint : Les hippies d'Hollywood - John Grant : la rédemption par le rock'n'roll - St.Vincent : la superhéroïne du rock - Elektro Moskva : l'épopée du synthé soviétique - Le conlanging : rencontre avec David Peterson, créateur de langues imaginaires pour le cinéma et les séries ("Game of thrones", "Avatar").



Warpaint : Les hippies d'Hollywood

Vivre à Hollywood et aspirer à l'au-delà. Se complaire dans son désespoir par 35 degrés et en plein soleil. Chanter comme des princesses des ténèbres et afficher un look d'étudiantes en design des beaux quartiers. Warpaint y arrive, et c'est ce qui fait la magie du groupe. Ces contrastes font des quatre jeunes femmes peut-être l'un des groupes les plus significatifs - ou en tout cas l'un des plus intéressants - à émerger de Los Angeles depuis Guns'n'Roses. Mais dans un style radicalement différent. Elles chantent l'indécision sur un rythme néo-new-wave marqué « Love is to die, love is to not die, love is to dance ». Quoi d'autre ? Peut-être le fait que Warpaint soit un groupe dans l'air du temps. Avec tellement de connexions que son arbre généalogique donne le tournis. La guitariste, Theresa Wayman, est en couple avec James Blake. Leur premier album a été produit par John Frusciante, l'ancien guitariste surdoué des Red Hot Chili Peppers, et l'ex d'Emily Kokal, guitariste et chanteuse du groupe. Josh Klinghoffer, actuel guitariste des Red Hot Chili Peppers, a été le petit ami et le batteur de la bassiste, Jenny Lee Lindberg. Celle-ci est actuellement mariée au vidéo-plasticien Chris Cunningham qui prend des photos pour le groupe, et sa sœur n'est autre que l'actrice Shannyn Sossamon. Ah oui : elle a aussi dansé avec Slash à des soirées quand elle avait 15 ans… Mais leur célébrité, elles la doivent bien à leur musique, à ce psycho-rock fabuleux qui revisite le style du shoegazing et la traditionnelle structure couplet-refrain pour se perdre dans de tortueux méandres. Comme elles le disent elles-mêmes, on croirait entendre un nuage faire de la boxe.


John Grant : la rédemption par le rock'n'roll

S'accepter n'a pas été chose facile pour ce chanteur et songwriter talentueux élevé au Texas dans une famille très catholique. Après ses études, il part vivre à Mayence et Heidelberg, où il cherche à se lancer dans la carrière de traducteur, mais il comprend vite qu'il n'est pas fait pour ce métier. De retour aux États-Unis, il fonde le groupe " The Czars " ; celui-ci ne perce pas, malgré des critiques élogieuses. Suivent de nouveaux déboires professionnels, puis la sortie de son premier album solo en 2010, encensé par la presse. Ses thèmes de prédilection sont en lien avec son histoire personnelle : ses textes évoquent la difficulté d'être homosexuel dans une petite ville, la séropositivité et l'acceptation de soi - et touchent la corde sensible de son public.


St.Vincent : la superhéroïne du rock

La musique et l'apparence d'Annie Clark étaient déjà facilement reconnaissables ; elle n'avait pas besoin de se teindre les cheveux en gris et d'adopter ce style électro groove qu'elle affiche aujourd'hui. Son pseudonyme, « St. Vincent », est une référence à l'hôpital Saint-Vincent où le poète gallois Dylan Thomas a fini ses jours, ainsi qu'à la chanson de Nick Cave qui fait mention de ce lieu. « Saint-Vincent, c'est le lieu où la poésie vient mourir » explique-t-elle. Depuis toujours, la vie et la mort sont ses thèmes de prédilection. Pour ce qui est de ses influences, on peut mentionner le musicien visionnaire David Byrne, avec qui elle a récemment collaboré. C'est lui qui a donné à la chanteuse un pouvoir qui lui manquait jusque-là : « the power to not give a fuck ». En d'autres termes : l'audace. Et comme Clark Kent qui devient Superman, Annie Clark sort enfin de sa chrysalide et devient St. Vincent.


Elektro Moskva : L'épopée du synthé soviétique

« Elektro Moskva » raconte comment des inventeurs entreprenants venus des coins les plus reculés d'Europe de l'Est ont jadis créé des instruments de musique électroniques des plus singuliers. Le documentaire montre également ce que des jeunes passionnés du son font aujourd'hui de cet héritage.

Nous sommes en 1919, en Russie. Lev Sergueïevitch Termen, physicien, invente un instrument de musique qui produit des sons sans que l'on ait besoin de le toucher : le thérémine. Pour en jouer, il suffit de déplacer sa main entre deux antennes pour affecter la fréquence produite et modifier le son. Le thérémine n'est pas le seul instrument électronique à voir le jour en Union soviétique. La raison : la foi inébranlable dans le progrès qui règne à l'époque dans cet immense empire. L'industrie militaire et de l'espionnage donne naissance à une multitude de nouvelles techniques qui laissent dans leur sillage des restes indéfinissables comme ces fameux instruments de musique. C'est ainsi qu'apparaît un univers sonore où bourgeonnent des fleurs aux formes étranges, bien différent de celui qui se développe au même moment de l'autre côté du rideau de fer. La musique de l'Ouest, c'est-à-dire la pop, est proscrite en URSS : écouter Deep Purple ou les Rolling Stones vous fait écoper d'un avertissement. Ce qu'on entend à la radio à Moscou, ce sont des sons planants venus d'un autre monde, parfaitement adaptés pour accompagner le vol d'un astronaute flottant dans l'espace. Le documentaire emmène le téléspectateur dans des chambres poussiéreuses où des collectionneurs accumulent ces instruments. Les réalisateurs, Elena Tikhonova et Dominik Spritzendorfer, ont également interviewé un grand nombre de protagonistes de la « scène électro » soviétique : on peut mentionner le psychothérapeute et compositeur Richardas Norvilas, alias « Benzo », ou encore le cofondateur dans les années 80 du groupe new wave « Notchoi Prospekt », Alexeï Brisov. Le film nous montre par ailleurs comment de jeunes passionnés utilisent ces vieux outils pour produire une musique unique en son genre.


Le conlanging : David Peterson, créateur de langues pour Hollywood, fait danser les lettres dans Tracks

« Äshlimär harukaska » : voilà les premiers mots que nous adresse David Peterson. Ils signifient « Bienvenue chez moi » dans la langue des elfes noirs qu'il a lui-même créée pour le film Thor : le monde des ténèbres qui vient de sortir en DVD. Sa fascination pour les langues remonte à l'adolescence. Aujourd'hui, le Californien en maîtrise plus de dix, et il sait même déchiffrer les hiéroglyphes. L'art de créer des langues a un nom : le conlanging. Jusqu'à il y a quelques années, cette discipline intéressait principalement les docteurs en linguistique un peu fous. L'exemple le plus connu d'une telle langue construite est l'espéranto. Ce sont J.R.R. Tolkien, avec Le seigneur des anneaux, et le réalisateur James Cameron qui popularisent le conlanging. Dans Avatar, les habitants de Pandora ont leur propre langue, créée de toutes pièces par Peterson : le Na'Vi. " La plupart des réalisateurs, des scénaristes et des producteurs ne savait même pas que c'était possible de faire ça " nous dit Peterson. Depuis lors, les aliens des films hollywoodiens ne peuvent plus babiller n'importe comment : le public veut de l'authentique, et les linguistes comme Peterson en font leurs choux gras. Pour Game of Thrones, il a inventé le dothraki et le valyrian, et il travaille en ce moment sur une troisième langue qui sera utilisée dans Defiance, série télé en cours de production. Mais ces langues que les fans portent aux nues sur Tweeter et dans les chatrooms donnent souvent du fil à retordre aux acteurs, qui doivent être capables de lancer avec naturel un « M'athchomaroon ! » (« Bonjour » en dothraki), ce qui demande parfois un certain entraînement. David Peterson se dit particulièrement impressionné par la performance de Jacob Anderson, l'acteur britannique qui incarne « Ver Gris » dans Game of Thrones : « Sa prononciation est parfaite. C'est moi qui essaye de l'imiter, et pas l'inverse ! ». Les langues artificielles, comme le dothraki, ont un alphabet, une grammaire, ainsi qu'un vocabulaire développé : le dictionnaire de dothraki fait plusieurs centaines de pages. Et ce n'est qu'un début. David Peterson veut continuer à enrichir la première novlangue d'Hollywood jusqu'à atteindre 10 000 mots, soit l'équivalent du lexique connu par un bachelier dans une langue étrangère qu'il étudie. Tracks n'a pas appris les 10 000 mots par cœur ; nous avons préféré regarder travailler cet inventeur de mots.

Commenter cet article