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Publié par Aanil

ARTE diffuse, dans la nuit du lundi 14 au mardi 15 octobre 2013 à 00 heure 50, le documentaire réalisé par Chris Marker "Une journée d'Andreï Arsenevitch - Cinéma de notre temps".

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'Solaris', 'Andreï Roublev' ou 'Stalker' comptent parmi les plus grands films de l'histoire du cinéma. Ce documentaire de Chris Marker est une évocation magistrale de la vie et de l'oeuvre de leur créateur, le cinéaste russe Andrei Tarkovski, disparu en 1986.


Andrei Tarkovski, déjà très malade, commente dans son Journal de 1986 les images prises lors de l’arrivée à Paris de son fils, Andrioucha, qui enfin avait eu le droit de quitter la Russie pour le rejoindre en France : “J’y ai un air monstrueusement emprunté, peu naturel, je retiens mon émotion et je répète des sottises… Larissa [sa femme] aussi n’est pas mal : elle monologue, profère des paroles en forme de toast, rit et pleure en même temps…” À partir de cette journée très russe qu’avait filmée Chris Marker viennent se greffer les évocations, les citations, les mises en perspective de ce qui constitue le langage d’un des plus grands stylistes du cinéma de tous les temps.

Une journée d’Andreï Arsenevitch est une invitation à explorer l’une des écritures cinématographiques les plus singulières du XXe siècle. Tous les grands thèmes tarkovskiens sont évoqués à travers des extraits de L’enfance d’Ivan, Solaris, Andreï Roublev, Nostalghia, mais aussi de son premier travail d’école à Moscou et d’un Boris Godounov pratiquement inconnu qu’il a mis en scène à Covent Garden en 1983. Ce film s’appuie sur deux autres documents vidéo : celui d’une visite sur le tournage du Sacrifice, à Gotland (quand Tarkovski ne savait pas encore qu’il était malade), et celui qu’il avait souhaité comme témoignage de son travail, le montrant en train de diriger le montage du fond de son lit. Le titre du documentaire est un clin d’œil à Soljenitsyne, certes, mais surtout fait écho à cette URSS qui, au bord de l’agonie, exilait encore ses plus grands artistes – lesquels, à l’heure de la modernité dévastatrice, en demeurent paradoxalement les seuls témoins. Chris Marker montre combien l’hommage de Tarkovski à la terre russe est éloigné des pesanteurs formelles et idéologiques du réalisme socialiste. Son œuvre possède au contraire une dimension charnelle, terrestre : l’homme qui roule dans la boue n’est pas l’individu tombé dans les bas-fonds, mais un nouvel Antée qui se ressource au contact de la mère patrie et entonne un véritable “chant de la terre”. Un cheval qui mange des pommes éparpillées sur une plage, la caresse du vent sur un champ de blé noir, un père et son fils qui plantent un arbre au bord de la mer… : les images de Tarkovski arrachent le quotidien à sa contingence et lui confèrent une grande beauté poétique. Alors que son œuvre a souvent été qualifiée de “mystique” et d’“élitiste”, Tarkovski écrit : “L’art n’aurait aucune signification s’il n’était pas simple.” Il ne s’agit pas de raisonner mais d’éprouver. Chris Marker suit également Tarkovski dans son itinéraire spirituel. Andreï Roublev témoignait de sa foi orthodoxe. Solaris, Stalker ou la rêverie autobiographique du Miroir lui permettent de donner libre cours à ses obsessions : la solitude de l’artiste, l’exil, l’illusion de la toute-puissance de la raison.

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